"Red Star" : sur la lutte contre le révisionnisme au Népal

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com


 

 

Sur le site Revolution in South Asia a été publié cet article, ainsi que d'autres, du blog RedStarNepal.com. The Red Star est historiquement l'organe de presse du PC du Népal maoïste [devenu PCNU(m)] mais, jusqu'à présent, il n'avait pas de site internet. Et, bien qu'ouvrant ses colonnes à toutes les lignes (ou "tendances", selon certains), dans un esprit de libéralisme, il semblait plutôt aux mains de la ligne de Prachanda (longtemps "centre louvoyant" du Parti (un coup de barre à droite, un coup de barre à gauche), mais en réalité droite masquée, vraisemblablement la ligne qualifiée de "révisionniste" par le présent article). Mais voilà qu'est né (manifestement fin juin, les plus vieux articles sont du 22/06) ce site intitulé "Red Star", qui semble plutôt refléter la ligne de la "gauche" du Parti, des cadres fortement opposés au cours actuel du tandem Prachanda-Bhattarai. Il ne s'agit pas d'en tirer des conclusions hâtives, mais simplement de constater le fait...

SLP précise que cet article comporte des phrases incompréhensibles, traduites telles quelles, tant pis...

 

Combattre le révisionnisme dans le PCNU-Maoïste 

Katmandou, 25 septembre.

Dans la lutte interne au PCNU-Maoïste au Népal, des idées toujours nouvelles et le modèle de la lutte entre deux lignes ont été développés dans le cours de la lutte. De nombreux analystes politiques et autres ont dit que le Parti se divisait et que l'intérêt des réactionnaires serait satisfait.

Cependant, le combat a développé ses procédures historiquement avancées pour la lutte interne (?). Le Parti a déjà développé quelques idées en créant un authentique forum de discussion et des rassemblements et interactions séparées par les différentes factions idéologiques. C'est le dernier développement, car le révisionnisme et le réformisme ont pris corps au cours de l'exercice du Pouvoir populaire aux niveaux locaux et régionaux de la nation. Nous sommes dans la situation où nous devons évaluer l'histoire du Pouvoir populaire, son exercice, et l'émergence du révisionnisme et du réformisme dans le monde. L'exercice concret a été mis en application au Népal. Le Parti, le PCNU-M, a été divisé en trois factions idéologiques : révolutionnaire, révisionniste (probablement Prachanda NDLR) et réformiste (probablement Bhattarai).

A présent tout le Parti est dans une intense lutte interne. Il n'est toujours pas décidé qui va gagner. Néanmoins, la ligne révolutionnaire est offensive et combat avec l'aide du peuple, de ses soutiens, de toutes les bonnes volontés et d'une solide équipe à travers tout le pays.

 

NDLR : Ce communiqué est une des dernières nouvelles que nous ayons du Népal (il y a 4 jours) ; et elle a l'avantage d'être interne au Parti. Certes, on est très loin des "canons" du maoïsme. On voit là toutes les limites de la gauche révolutionnaire dans le PCNU-M, qui permettent justement à la droite de s'imposer ; et les effets ravageurs de l'esprit de libéralisme entre les lignes qui a dominé le Parti pendant les 5 années de "lutte révolutionnaire légale", "par le Parlement, la rue et le gouvernement" (Sadan, Sadak, Sarkar). Pour autant, que la révolution au Népal ne soit pas liquidée (ou qu'il y ait au moins une résistance à cela, jetant les bases d'un nouveau cycle) regarde non seulement les masses populaires du Népal, mais les révolutionnaires et les masses populaires de toute l'Asie du Sud, de toutes les nations opprimées et, finalement, du monde entier. Il faut donc appuyer de tout notre soutien internationaliste les forces qui s'opposent à la liquidation, car, avec toutes leurs limites, elles sont le germe du renouveau.

C'est l'occasion pour SLP de présenter son analyse de la situation à la lumière d'un profond réexamen. Ou plutôt d'un "examen" tout court car, à vrai dire, la question du Népal n'avait pas fait l'objet d'une analyse propre à Servir le Peuple. C'est là une entorse au principe directeur de ce média révolutionnaire : "penser avec sa tête", quitte à être totalement hétérodoxe, ne pas s'aligner "bêtement" sur une position internationale. Or, jusqu'à présent, il y a surtout eu de l'information, grâce au grand travail internationaliste de collecte d'info d'un site comme Revolution in South Asia, de collecte et de traduction par les camarades de Nouveau Népal ; assortie de quelques réflexions "à chaud", mais jamais de véritable analyse.

Il est évident que SLP ne pouvait pas s'aligner sur la ligne gaucho-dogmatique : celle-ci revient à nier l'idée même de tactique ; l'idée même de négociations et d'accords tactiques avec une partie de l'ennemi contre une autre (ennemi principal du moment) ; l'idée que les marxistes doivent "penser avec leur tête" selon la situation concrète, que tout n'a pas été dit et écrit entre le Manifeste de Marx et Engels et l'arrestation de Gonzalo ; l'idée que la Guerre populaire ne se réduit pas à une guérilla armée (ce que récusait déjà Mao) ; l'idée (dans la situation concrète) que dans un contexte où se préparait (puis se déroulait) un grand mouvement populaire contre la dictature royale, donner l'assaut militaire sur Katmandou aurait été une idiotie qui aurait coupé les maoïstes d'une grande partie des masses... Toutes choses étrangères aux conceptions de SLP, pour qui la révolution est quelque chose de plus sérieux et compliqué qu'un wargame en chambre [Nota : cette ligne a désormais le mérite d'être assumée clairement ici : "Cela, c'est clairement la « gauche » dans le mouvement maoïste international. Elle se caractérise par un refus de toute souplesse idéologique, tactique ou stratégique dans le marxisme-léninisme-maoïsme"].

Mais ce n'était pas une raison pour se contenter de diffuser "bêtement" de l'information assortie de quelques commentaires, sans étude approfondie. Surtout à mesure que grandissaient les interrogations, devant les "tergiversations" du leadership maoïste ; comme par exemple quand le Président (Nepali Congress) de la République a fait son coup de force contre Prachanda, refusant (anticonstitutionnellement) le limogeage d'un général réactionnaire : les partis bourgeois étaient alors clairement démasqués, c'était le moment de repasser à l'offensive, et de terminer la révolution. Donc, libre à chacun-e de voir là une autocritique, mais ce n'est pas suffisant : une autocritique n'a de sens que si on la rectifie en pratique.

Que ressort-il de ce réexamen ? Et bien, il en ressort qu'il faut revenir au principe fondamental maoïste : "la politique au poste de commandement", "c'est l'idéologie qui commande au fusil". Cela rejoint d'ailleurs la critique ci-dessus des gaucho-dogmatiques, qui donnet souvent l'impression d'une sacralisation du fusil. Enfin, pas de tout ce qui porte un fusil (ils analysent les FARC ou encore l'EZLN comme réformisme armé, à raison), mais disons "du fusil maoïste" : maoïste + fusil = révolutionnaire. Plus de fusil = révisionnisme. C'est franchement simpliste.

Tout cela pour dire, qu'il faut se poser la question de quelle idéologie, quelle vision politique et quels objectifs ont "empoigné le fusil" au Népal en 1996.

Là, on s'aperçoit que le PCN(m) est né en 1994 d'une fusion de plusieurs Partis marxistes, qui constituaient grosso modo le United National People's Movement ; "3e pôle" (le plus à gauche) du mouvement populaire ayant arraché un Parlement à la monarchie absolutiste, en 1990. Dans le cadre de ce mouvement populaire, et dans les années qui ont suivi, le futur PCN(m) (essentiellement PCN Mashal) a donc mené une lutte d'agitation de masse "classique" et légale. Comme le soulignait Prachanda en 2006, il a eu des représentants au Parlement, fait l'expérience du parlementarisme et du travail (contre la monarchie) avec les partis bourgeois. C'est là une différence fondamentale avec le mouvement ML, puis MLM d'Inde, qui s'est toujours construit dans la guérilla et l'action clandestine, dans l'hostilité de tous les autres partis dont celui-là même dont il est... issu, le PCI "marxiste" (révisionniste ultra).

En 1994, le PCN(m) voit le jour. Il fait le constat que "tout a changé pour que rien ne change", et prépare la Guerre populaire qui sera déclenchée le 13 février 1996. Oui, mais dans quel objectif ?

C'est là qu'on peut légitimement se demander si la Guerre populaire a bien été lancée pour une nouvelle démocratie (démocratie par et pour le Peuple, rejet de la tutelle indienne, mais impliquant dans l'infrastructure la liquidation de la féodalité et (au moins) du grand capitalisme lié à l'impérialisme)... ou bien, si elle a été lancée pour l'abolition de la monarchie (République) et la convocation d'une Constituante (pour une nouvelle Constitution "populaire"), éventuellement agrémentée d'un certain nationalisme face à l'Inde, d'un certain fédéralisme par rapport à la grande diversité ethnique du pays, et d'une "réforme agraire scientifique" dont le contenu resterait à déterminer.

Cela renvoie au récent article théorique Sur le processus révolutionnaire :

-La Guerre populaire a-t-elle été déclenchée pour changer la forme de gouvernement, la superstructure juridique et un certain nombre de relations sociales archaïques (vis-à-vis des femmes, des basses castes, des minorités ethniques), c'est à dire en définitive une réforme radicale ?

OU

- A-t-elle été déclenchée pour le changement de mode de production (en tout cas liquidation de la féodalité et du grand capitalisme interface de l'impérialisme, de la mainmise indienne etc.) : révolution de nouvelle démocratie ?

Ou encore, la question peut se poser de la manière suivante :

- la voie bolchévique, c'est à dire maoïste : UNE SEULE Guerre populaire accomplissant les tâches démocratiques puis, sans interruption, jetant les bases de la transition socialiste vers le communisme ;

OU

- le voie menchévique : une Guerre populaire pour l'abolition des rapports sociaux les plus archaïques, une démocratie bourgeoise "moderne", des "droits démocratiques pour tou-te-s", et ensuite on verra... ? [Sauf que la classe dominante reste en place, qu'elle n'aura de cesse de reconstruire sa position ébranlée, et de reprendre les concessions accordées !]

Pour Servir le Peuple, le "revisionnage de tout le film" depuis le début amène à la conclusion que, de manière principale, c'est l'option "République et Constituante" qui a empoigné le fusil au Népal en 1996. SLP ne va pas se faire des amis, mais ce n'est pas nouveau. Le PCN(m) n'a pas pu muter en Parti révisionniste entre 2000 et 2005 : à cette époque, la Guerre populaire avançait triomphante, remportait victoire sur victoire (militaire), contrôlant au bout du compte 80% du pays. Ce n'est pas sur ce terreau que fleurit le révisionnisme (qui fleurit plutôt sur l'"impossibilité immédiate" de la révolution). C'est donc aux origines qu'il faut revenir : dès le début, la Guerre populaire au Népal a été menée pour l'instauration d'une République (abolition de la monarchie) et la convocation d'une Assemblée constituante pour une "Constitution du Peuple", tout ceci étant conçu comme une "étape indispensable".

Et ça l'était : comme on l'a déjà dit, la monarchie des Rana était la clé de voûte du système de domination au Népal, rien ne pouvait se faire sans son abolition. Bien sûr, il était possible de mener cette tâche et les suivantes de manière ininterrompue, dans UNE SEULE et même guerre ; mais ce n'est (majoritairement) pas cette conception qui a déclenché la Guerre populaire en 1996 : c'était donc "difficile".  La Guerre populaire de 1996-2006 ne pouvait être qu'une première Guerre populaire, appelant inévitablement une deuxième.

C'est désormais celle-ci qui est à l'ordre du jour. Quand ? Avec qui ? L'avenir le dira ; la divination n'est pas dans les dons de SLP.

Pour faciliter la compréhension des lecteurs/lectrices, un petit tour d'horizon de "qui est qui" dans le PCNU-M :

- "Biplab" semble représenter ce qu'il y a de plus à "gauche" (de connu, en tout cas). Il critique la "révolution dans la superstructure" (changement de la forme de gouvernement) qu'ont voulu faire Prachanda et Bhattarai. Il évoque clairement la scission : "même si nous n'y allons pas ensemble (avec les réformistes NDLR), la révolution populaire ira jusqu'au bout".

- Mohan Baidya "Kiran" est un représentant de la gauche, sans doute le plus "important" (il a dirigé le Mashal, prédécesseur du PCN(m), à ses débuts). Mais il semble très "buros", ses méthodes de lutte de lignes sont très bureaucratiques, procédurières : "notes de désaccord", appels à "clarifier" ou "rectifier". Il se caractérise également par un discours très souverainiste vis-à-vis de l'Inde, contre la "sikkimisation" du Népal (annexion pure et simple, comme le royaume du Sikkim en 1975 : il est peu probable que l'Inde aille jusque-là, mais il est clair qu'elle épaule totalement la Réaction locale).

- CP Gajurel "Gaurav" semble plutôt de "centre-gauche". Il attend de l'actuel gouvernement Bhattarai qu'il "mène le processus de paix et la rédaction de la Constitution à son terme". Mais, dans le même temps, il dénonce la "perte de lien" du Parti avec les masses, et veut relancer le Pouvoir populaire à travers un "Conseil National Populaire Unifié", une sorte de "contre-pouvoir", mais la stratégie est globalement peu lisible. De ses interviews ressort une certaine surprise face aux évènements actuels, qu'il a néanmoins dénoncés vigoureusement.

- Autre dirigeant important, "Badal" : d'après ce commentaire sur Southasiarev, il envisagerait clairement un "nouveau Parti, une nouvelle Armée populaire et un gouvernement parallèle"...

Prachanda et Bhattarai, on ne les présente plus. Qu'a-t-il bien pu se passer avec eux ? Et bien, c'est ce que SLP répète inlassablement : outil indispensable à la révolution, le Parti est aussi porteur par nature d'individus qui ne "font la révolution" que pour accéder au "rôle dirigeant" qu'ils estiment leur revenir... Certains vont jusqu'à la révolution (renversement de la classe dominante), mais d'autres (beaucoup), voyant la classe dominante prête à les accueillir en son sein, s'engouffrent dans l'opportunité (on les appelle donc : les opportunistes). Comme on l'a dit, Prachanda et Bhattarai n'ont sans doute déclenché la Guerre populaire en 1996 que pour des objectifs "républicains" et, en 2005, avec la rupture entre le roi et les partis bourgeois, cette "opportunité" s'est ouverte. Ensuite, ils ont mangé au râtelier de la classe dominante, et acquis la conscience de classe qui va avec (c'est la situation matérielle qui détermine la pensée, doit-on le rappeler ?), sachant qu'à la base, ce sont déjà des bourgeois (Bhattarai est un universitaire renommé). Quand aux gauchistes (qui, historiquement, sont "la réponse du berger à la bergère" opportuniste, qu'ils renforcent objectivement), ils ne sont pas faits d'un bois bien différent… Moins brillants peut-être selon les critères dominants : les opportunistes, finalement, réussissent là où ils échouent. C'est la raison pour laquelle, "pris de rage" comme disait Lénine, ils adoptent une posture "ultra-radicale", s'étranglent, éructent... mais c'est au fond la même culture politique et de classe. Face aux opportunistes, les gauchistes se voient tout simplement dans un miroir déformant.

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