Voter, mais pour quoi faire exactement ? La lutte sociale ne suffirait-elle pas ?

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Parler des élections sans se répéter reviendrait à réaliser une véritable gageure. Ce n'est ni possible, ni souhaitable du reste. Il est utile d'affirmer, encore et toujours nos positions anti-électoralistes.

Il est tout aussi important de revenir sur nos propositions alternatives afin de bien faire entendre nos critiques concernant :

  • la politique politicienne,
  • l'abandon de "souveraineté" des individus,
  • l'inféodation à un système de domination aliénant,
  • l'éloignement programmé des luttes en périodes électorales,
  • la mise au placard de l'autogestion…

Avant de développer ces aperçus de la critique anarchiste d'un système qui a dépouillé les humains de toute capacité à se prendre en main, il est nécessaire de rappeler que notre refus de l'électoralisme ne s'accompagne nullement d'un désintérêt de la chose "politique". Nous préférons juste parler de politique dans le sens où ce terme recouvre l'activité autonome des individus et des groupes qui se responsabilisent et qui rejettent une fois pour toutes les recettes éculées des hommes d'appareil : les bonimenteurs des partis, les gouvernants et les décideurs à la solde des Etats, les managers et détenteurs de capitaux…

Toute cette engeance se complaît dans le luxe, dans la fréquentation des lieux de décision et de Pouvoir et dans la négation du reste de l'Humanité.

Pour préciser nos propositions, nous devons nous définir comme des partisans du boycott actif des élections, des partisans de la lutte des classes et des "aficionados" de l'autogestion et de la démocratie directe.

Nous ne fréquentons pas les strates apolitiques, lieux où certains seraient enclins à nous ranger. Bien au contraire, nous nous revendiquons anti-politiques dès lors que la chose publique - Res Publica - peut s'envisager sous l'angle de la résolution des antagonismes de classe par le biais de la lutte sociale (et syndicale1) et de l'affrontement à l'Etat et au Capital.

La politique politicienne

Elle est l'apanage de catégories de citoyens qui considèrent que la réussite sociale et/ou économique passe par des compromis, des arrangements, des accommodements, toutes choses qui se contentent d'affleurer les problèmes mais qui refusent de s'attaquer au socle des dérèglements sociétaires : les injustices, les hiérarchies, les profits, la paupérisation du plus grand nombre pour le bien être d'une minorité d'exploiteurs…

Les élections ont de tout temps légitimé les politiciens élus au moyen du sacro-saint bulletin et de ce que d'aucuns nomment arbitrairement la démocratie représentative. La représentation politicienne est tout sauf libératrice. Au contraire, elle tisse une toile de relations hiérarchisées et pyramidales et elle s'auto alimente aux sources de ce "pouvoir" que les électrices et les électeurs leur ont légué au travers d'un bout de papier glissé dans une urne.

Peu importe pour qui "X" ou "Y" a voté ! Seule compte la valeur ajoutée accordée au bulletin. Ce dernier est un sésame "podéreux" pour les futurs élus…

L'abandon de "souveraineté" des individus

Laisser à d'autres le soin de régler nos problèmes, sociaux, économiques, culturels etc… par le simple acte de voter revient à abandonner toute responsabilité individuelle. Une fois les élections passées et les résultats connus, les individus se trouvent totalement démunis. Au mieux, ceux dont le héraut a gagné ne se trouvent- ils pas totalement cocufiés. Pour eux, l'illusion d'avoir été entendus pourra durer un temps, jusqu'au premier coup de canif que l'élu portera dans le contrat! Ce sera le moment de vérité, le moment d'abandonner les fausses promesses. Pour les autres, le camp des perdants, la pilule sera plus amère. C'est d'emblée qu'ils se trouveront orphelins des illusions qu'ils se faisaient à propos de leur candidat, de sa probité et de la véracité de ses déclarations.

Dans tous les cas, les uns et les autres n'auront plus voix au chapitre. 5 ans ou 6 ans à attendre selon la consultation. Et, à nouveau, des masses d'individus qui se rendront dans les isoloirs en croyant, une fois de plus, que leurs voix y pourront quelque chose…

L'inféodation à un système aliénant de domination

L'électoralisme se fonde sur la participation inégalitaire des individus à la vie sociale et/ou économique. Le choix des électeurs se situe, nous l'avons vu, au niveau de la désignation du candidat (ou d'une équipe) et de l'illusoire mise en œuvre d'un programme qui, comme tout un chacun le sait, sera aussi vite oublié qu'il a été pondu.

Quant à la politique qui sera mise en œuvre, elle ne pourra pas être contrôlée, encore moins sanctionnée. En effet, l'électoralisme aliène les individus (les électeurs) à sa propre logique interne. Une fois l'élection terminée, l'élu aura le devoir absolu de se comporter en "patron". L'onction électorale lui aura attribué de manière mécanique un rôle de décideur, une dimension d'infaillibilité. L'élu, puisqu'il est élu, ne peut se tromper. Et, au pire, il expliquera que des conditions externes l'ont conduit à faire de telle ou telle manière, mais que ce n'est pas une erreur mais bien un choix dicté par certaines contraintes…

Ici pas de place pour une critique autonome et constructive des individus. Ils ont voté, ils doivent se soumettre aux résultats des urnes.

L'éloignement programmé des luttes en périodes électorales

Le recours à l'électoralisme par la plupart des Etats se parant des vertus "démocratiques", conduit, on l'a vu, à adopter des comportements "inter-classistes". Cette assertion est constamment vérifiée par les contorsions auxquelles les directions syndicales se soumettent. Si ceux qui détiennent les rennes du Pouvoir et ceux qui amassent les capitaux ont d'excellentes raisons de préférer la paix sociale aux luttes et une classe ouvrière qui courbe l'échine à un soulèvement prolétarien, il ne devrait pas en aller de même pour ceux qui s'autoproclament les représentants (les défenseurs) des classes exploitées.

Et pourtant, le système électoraliste a gangrené les organisations syndicales au point de les soumettre pieds et poings liés aux officines politiciennes, fussent-elles de "gauche".

Le renversement de l'ordre établi - c'est-à-dire l'ordre étatique, l'ordre bourgeois, l'ordre capitaliste, l'ordre moral - était, à l'origine, seul compatible avec l'hypothétique construction d'une société libre, autogérée et égalitaire.

Les élections ont sanctifié cet ordre inique par la participation de toutes et tous. Ainsi, les forces dites "progressistes" ne font que de la surenchère programmatique et ont allègrement abandonné toute remise en cause radicale de la société libérale, inégalitaire, hiérarchisée et…inhumaine.

Dans ce contexte, ces organisations laissent la place nette en période électorale, afin de montrer aux tenants du Pouvoir leur "responsabilité" et leur capacité à "juguler les velléités" de luttes…

La mise au placard de l'autogestion

Tout ce que nous venons d'affirmer nous conduit à écrire que les organisations qui tenteraient de nous faire avaler leurs propositions partisanes pour des vérités autogestionnaires, se verront très tôt démasquées.

L'autogestion implique la participation réelle de toutes et tous, à tous les moments du processus révolutionnaire. Comme on peut le voir, l'autogestion est antinomique avec la réalité "électoraliste" du laisser faire à d'autres ce que nous pourrions faire nous-mêmes.

L'autogestion se nourrit des débats, des décisions d'assemblées, des actions menées en commun, des affrontements conscients entre ceux qui ne veulent plus vivre sous le joug avec ceux qui les y maintiennent.

L'autogestion ne peut souffrir de moment de répit (les respirations électorales) quand les conditions de l'exploitation et de l'aliénation ne cessent d'empirer.

L'autogestion, ça ne peut être que la mise en commun des aspirations individuelles et collectives pour renverser tout ce qui s'y oppose : les systèmes et ceux qui les font vivre.

Le système électoraliste n'échappe pas à cette règle.

Les exemples récents de la déficience électoraliste et de la tartufferie des gens de Pouvoir

Quatre exemples vont retenir notre attention.

Les élections de 2002

Lors de la présidentielle, les résultats du premier tour avait placé Le Pen à la seconde place et lui avait attribué le ticket pour disputer le second tour face à Chirac.

Parmi toutes les explications fournies à cette époque, il n'y eut aucune place pour la remise en cause du système lui-même. Le nombre de candidats de "gauche" et la dispersion des voix qui s'en est suivie, l'abstention en nette progression, l'absence au sein des propositions de Jospin de référence explicitée au sécuritaire, voilà résumées les explications qui furent avancées.

Le fait que le jeu électoral donnait à la droite et à l'extrême droite associées une majorité relative dans les urnes, ne fut jamais opposé à cette autre réalité : celle de la rue, celle des usines, celle des quartiers, une réalité majoritaire de rejet des inégalités, des exclusions et de la vie au rabais.

Le résultat au second tout allait porter un sacré coup à l'électoralisme en faisant de Chirac le "héraut" de tout un peuple, un parangon de vertus, un défenseur de la "démocratie". Les 80% des votes venaient sanctionner le manque de discernement des électeurs de "gauche" et d'"extrême gauche" et l'affolement des citoyens face à une "possible" victoire de Le Pen.

Chirac a pu dérouler de 2002 à 2007 sa politique anti-ouvrière et a préparé l'avènement d'un Sarkozy en lui attribuant des ministères régaliens et notamment celui de l'Intérieur.

Alors, le Chirac de 2002, grâce au système électoral et adoubé par une grande partie des Français a pu en toute impunité poursuivre les attaques anti-sociales contre les plus démunis…

Avec ce système et avec le plébiscite chiraquien, il est apparu que l'adage au royaume des aveugles les borgnes sont rois trouvait ici toute sa résonance et que le borgne n'était pas celui que nous pensions.

Le référendum de mai 2005

Le référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe eut lieu le 29 mai 2005. À la question « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l'Europe ? », 54,68 % des électeurs répondirent « NON ».

Ce référendum accumulait à lui seul une multitude de "travers" que le système électoral porte en son sein.

Tout d'abord, le camp des électeurs qui rejetèrent la proposition proposait une alliance contre nature de Républicains, de légitimistes, de fascistes, de souverainistes. Le mariage de la carpe et du lapin en quelque sorte. Mais le camp du OUI, tout minoritaire qu'il fût, présentait les mêmes caractéristiques, à savoir une alliance entre gouvernants et "opposition"…

Le référendum venait ainsi nous rappeler le caractère inter-classiste du système.

Mais un autre travers allait nous conforter dans nos analyses et nos critiques. Le résultat qui pouvait entraîner un arrêt dans le processus de la construction européenne n'eut pas l'heur de plaire aux gouvernants et à son opposition "béni oui oui".

Puisque la porte était fermée, l'Europe entrerait par la fenêtre.

Exit donc le résultat du référendum. Voter n'avait servi à rien!

Le référendum proposé par Papandréou

A un des plus forts moments de la "crise de la dette" et pendant la réunion du G20, l'annonce par le Premier ministre grec Georges Papandréou de la tenue d'un référendum afin que le peuple grec puisse donner un avis sur le plan d'austérité qui lui est imposé2 a suscité une levée de boucliers parmi tous les tartuffes de la politique et de l'économie internationales réunies.

Le recours à la voix électorale tant vantée par ces hommes et ces femmes de Pouvoir, toujours enclins à donner des leçons de "démocratie" qu'elle soit "élective", "représentative" ou même "participative" (mais jamais directe vous vous en seriez doutés), s'est trouvé tout d'un coup la pire des propositions que Papandréou ait pu faire.

Si le fait d'avoir recours au peuple peut rencontrer un écho négatif chez les anarchistes, les libertaires et les révolutionnaires anti-politiques, la raison en est bien simple et nous avons pris soin de l'évoquer auparavant : c'est tout simplement que ce recours n'est qu'illusoire et que les pires des saloperies se trament ailleurs et à d'autres moments, dans les salons lambrissés des décideurs qui se foutent royalement des conditions de vie miséreuses du plus grand nombre.

En revanche, que le recours au peuple grec rencontre un semblable écho négatif peut paraître suspect. A l'évidence, les raisons qui poussent le FMI, les banques, les Obama, Sarkozy, Merkel et consorts à critiquer le recours au référendum, montrent clairement le peu d'intérêt et de considération dans lequel les gens de Pouvoir tiennent les élections, les référendums etc. Ce qui les intéresse avant tout, ce n'est pas la question qui est posée, ni même les modalités du déroulement de l'élection, pas plus l'avis des gens qui se sont déplacés, mais la réponse… à condition qu'elle corresponde à ce qu'ils veulent entendre !

Les élections tunisiennes

Dernier exemple en date, les commentaires concernant le "printemps arabe" ont occupé l'espace médiatique. Tous les ténors de la politique occidentale (libéraux, sociaux-démocrates, autoritaires etc.) en sont allés de leur couplet : démocratie, liberté, ouverture etc.

Or, dès que la brise électorale fut venue, tous les thuriféraires de ce moyen considéré dans son essence même comme "démocratique" émirent les plus grandes réserves sur les résultats. Plus de 40% des suffrages se sont portés sur le "parti islamiste", parti qui n'avait ni de près, ni de loin participé au renversement de Benali.

Mais voilà, la rue donne des résultats qui ont tôt fait de se transformer en mascarade dès lors que la contestation passe par les isoloirs.

En effet, la dynamique électorale et politicienne développe une haute teneur en intégration. Les revendications radicales et "irrécupérables" de la rue se sont affaiblies en se transformant en petits bouts de papier.

Pour nous anarchistes, le recours à l'électoralisme en Tunisie a démontré clairement qu'il était le meilleur rempart des gens de Pouvoir contre la volonté affichée à l'origine par le peuple tunisien en "révolution et la spontanéité qui était la marque de ce mouvement". Il a par ailleurs montré que le résultat obtenu n'étant pas celui attendu par les "démocrates" occidentaux, les critiques sont apparues très rapidement.
Là encore, le moyen proposé par ces gens de pouvoir ne leur convient qu'à la condition qu'il réponde à leurs attentes.

En conclusion

Les économistes, les politiciens, les capitalistes, tout ce "beau" monde mène les affaires de la planète à sa façon, avec un seul but affiché, le maintien et la pérennisation de ses intérêts, de ses avantages et de la division de la société entre une poignée de riches et une multitude de pauvres…

Que dans l'isoloir les premiers puissent côtoyer les seconds ne change rien à la réalité du monde, réalité qui est bien sordide : les nantis ne respecteront jamais les exclus, les exploités, les relégués…

Alors l'action directe combinée au rejet de méthodes créées par ceux-là mêmes qui n'ont de cesse que de maintenir l'immense majorité des individus en état d'esclavagisme, tout cela doit nous permettre de renverser l'ordre inique des choses.

Rien n'est définitif, aucune situation ne peut être considérée comme immuable à condition de dire une fois pour toute : BASTA ! Marre de vos conneries.

Dès à présent, nous ne nous pouvons plus nous contenter de nous indigner mais nous devons nous révolter.

GPA - Perpignan

1 Dans le sens du syndicalisme révolutionnaire et de l'anarcho-syndicalisme

2 Plan mis en œuvre par les tenants de la finance mondiale, le FMI, les USA, le gouvernement grec et les gouvernants européens avec à leur tête, Merkel et Sarkozy…

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