Mercredi 25 avril 3 25 /04 /Avr 18:56

Nous publions ici un article du média ami Servir le Peuple qui développe son analyse concernant la gauche française. Cet article exprime certaines idées que nous partageons, d’autres non, mais il apporte de nombreux éléments intéressants à nos articles sur le sujet et étudie plus profondément les différentes forces en présence. Nous publierons plus tard d’autres articles concernant nos différences avec “l’extrême gauche” parlementaire, nos propositions, nos perspectives et, bien sûr, notre point de vue concernant le renouveau très positif qui s’opère actuellement dans notre mouvance. Bonne lecture!

Mélenchon, NPA : la vieille histoire de la “première” et de la “deuxième gauche”.

Prenons les choses par le commencement, et le plus simplement possible :

- Autrefois (disons, entre sa fondation en 1969 et sa déroute électorale de 1993) était le Parti “socialiste”. Dans l’opposition, jusqu’en 1981, il incarnait une social-démocratie “de combat”, et le grand besoin de réforme de la société qui s’était exprimé en masse en 1968 : “rupture av

ec le capitalisme”, “changer la vie”. Puis, en 1983, aux affaires, il prit le “tournant de la rigueur” ; mais continua néanmoins à incarner “la gauche” dans l’opinion commune. AUJOURD’HUI, le PS n’est PLUS DE GAUCHE : c’est une “droite modérée”, un “libéralisme social”, un capitalisme libre-échangiste à visage humain. Si l’on compare la crise générale actuelle, dans laquelle le capitalisme a plongé l’humanité, à celle de 1929 ; alors le PS, c’est le Parti radical de l’époque : Hollande, le député de Corrèze, est le nouvel Henri Queuille.

- A la même époque, où le PS parlait de “rupture avec le capitalisme”, il y avait la LCR : une organisation issue du trotskysme “pabliste”, mais qui avait évolué vers un positionnement presque “marxiste-léniniste anti-stalinien”, tentant de convaincre (et de s’auto-convaincre) que Che Guevara, Hô Chi Minh et même Mao étaient “trotskystes sans le savoir”. Mais, prisonnière de la ligne erronée du “Programme de Transition”, ligne social-démocrate “radicale” de fait, la Ligue a fini par évoluer, et finalement s’assumer comme telle : social-démocrate radicale, “gauche (de quoi ?) anticapitaliste” ; confluant, en 2009, avec divers “collectifs” dans le NPA.


Il y avait un Parti communiste, qui était un gigantesque Parti ouvrier de masse, et dont la candidature à la présidentielle, en 1969, avait frôlé le second tour (21%). Mais ce Parti était alors déjà, et en réalité depuis le milieu des années 1930, inféodé et subordonné idéologiquement à la gauche bourgeoise (SFIO puis PS), dont il n’était finalement qu’une variante “dure”. Après l’effondrement de son mentor de Moscou, en 1989-91, il s’assuma de plus en plus ouvertement réformiste (“gauche de transformation sociale”)… tout en se réduisant comme une peau de chagrin à chaque élection.

Enfin, dernier épisode en date, en 2008, le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon “prit acte” du “virage libéral” irrémédiable de son parti ; et, se sentant pris d’une vocation de “tribun du peuple” (vivant tout de même, depuis 1978, de ses émoluments de “professionnel de la politique”…), il le quitta avec perte et fracas, fonda son “Parti de Gauche” et pris la tête d’un “Front de Gauche” avec (comme force ultra-principale) le vieux PC.


Voilà : les acteurs sont posés.


Partant de là :

- Issu du lambertisme (idéologie mêlant thèses trotskystes “orthodoxes” et bon vieux “socialisme républicain” BBR-camembert), “infiltré” au PS dans les années 70, invoquant à tout bout-de-champ les mânes de François Mitterrand, Mélenchon se place clairement dans la continuité historique de la “première gauche”. Ses mythes ont pour nom Jaurès (socialiste républicain antimarxiste patenté), Front populaire (niant la contradiction entre la classe ouvrière mobilisée, combative et héroïque, et la bourgeoisie socialo-radicale), Libération (niant la contradiction en la résistance populaire, antifasciste et progressiste, et la fraction de la bourgeoisie remise en selle par la victoire alliée), et bien sûr Programme commun… Il est l’héritier, à travers la SFIO de Blum-Auriol-Mollet et le PS de Mitterrand-Mauroy-Chevènement, de la “gauche républicaine”, du social-républicanisme voire du radical-socialisme de la “Belle Epoque”. Une gauche sanctifiant le rôle “régulateur”, “protecteur des faibles” et redistributeur de l’État républicain, un État qui se doit d’être fort, dirigiste, face aux “monopoles”, à la “haute finance”, aux “banquiers”, au “mur de l’argent”, aux “200 familles”. Et, bien sûr, face au “libéralisme anglo-saxon” qui n’a “rien à voir avec la tradition républicaine française”. Le tout, bien sûr, “aux accents mêlés de la Marseillaise et de l’Internationale”.


- De son côté, le NPA, c’est finalement le PSU(1) de notre époque ; l’héritier du PSU des années 1960-85, qui était lui même (dixit Daniel Guérin) “une sorte de PSOP(2)”, le parti “socialiste révolutionnaire” fondé par Marceau Pivert à la fin des années 1930. Il s’inscrit clairement dans le prolongement historique de la “deuxième gauche” social-démocrate radicale. Une “deuxième gauche” qui s’est construite, historiquement, essentiellement contre l’étatisme, le dirigisme, le côté “par en haut” de la première ; dans une optique de “socialisme par en bas”, décentralisée, anti-autoritaire et autogestionnaire. Il faut toutefois noter que de petits groupes relevant de la “deuxième gauche” (Gauche unitaire, les Alternatifs) ont rallié le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, espérant qu’il “ouvre des perspectives” ; celui-ci s’est ouvert, en retour, à des thématiques historiquement “deuxième gauche”, en premier lieu l’écologie.


La différence entre ces “deux gauches” ? Elle est fondamentale. La “première gauche”, héritière (on l’a dit) de la “gauche républicaine” 3e République, c’est la GAUCHE DES MONOPOLES. C’est la fraction de la bourgeoisie monopoliste qui pense que le pillage et l’écrasement capitaliste débridé des masses populaires, sous les bienveillantes auspices de Sainte Matraque, n’est pas la solution à la crise que traverse le capitalisme et à l’agitation qui s’empare alors des masses ; et qu’il faut faire des “concessions” (sociales et démocratiques) pour sauver l’essentiel : sa position de classe. C’est, finalement, le vieux discours (remontant même à la Révolution bourgeoise de 1789) sur “la limitation de la propriété privée par l’intérêt général”. Mais il ne faut pas que “donner la main conduise à se faire prendre le bras” (par les prolos !), il faut que tout cela se déroule “en bon ordre”. On en appelle donc à l’État de la bourgeoisie comme État régulateur, “justicier”, qui doit s’impliquer dans l’économie pour en contenir les excès. Cette “gauche” des monopoles semble, aujourd’hui, en perte de vitesse, moquée depuis les années 1980 pour son “archaïsme” ; mais elle ne doit pas être négligée et sous-estimée pour autant : historiquement, son importance dans l’entité France est considérable. Pendant la première crise générale du capitalisme, elle a réussi à garder le cap (et le pouvoir)… tout au long de la crise, de 1880 environ jusqu’en 1940, présidant à l’expansion coloniale de la France (qui mit fin à la grande récession de 1873-1900), conduisant victorieusement la Première Guerre mondiale impérialiste (conséquence du partage colonial total de la planète), malgré un mouvement fasciste (années 30) et pré-fasciste (droite nationaliste des années 1890-1914) fort et structuré, ne lui cédant le pas qu’à travers l’effondrement militaire de 1940… Et les meetings monstres de Mélenchon, les sondages qui le placent à 13% ou 15%, montrent qu’elle a encore de beaux restes.


La “deuxième gauche”, elle, est plutôt l’expression idéologique de la “petite-bourgeoisie”, plus exactement : de la “couche moyenne du salariat intellectuel” de tendance progressiste, agrégeant à elle les couches progressistes de la petite paysannerie et des “indépendants” (minoritaires, mais elles existent !), l’aile gauche des professions libérales, et une partie de l’aristocratie ouvrière et des petits employés. Le problème, c’est que sa critique de “l’étatisme”, du “dirigisme”, du “par en haut” (en un mot : du caractère monopoliste…) de la “première gauche” est progressiste, mais pas révolutionnaire. Et, de là, elle est inévitablement aspirée vers la droite, vers le “social-libéralisme” ou le “libéralisme libertaire”. Le NPA n’en est pas encore là, bien sûr (il n’a que 3 ans !). Mais il suffit de penser à Michel Rocard (figure du PSU dans les années 60-70), à beaucoup de Verts issus de la “deuxième gauche” de ces années-là, ou à la trajectoire du “libertaire” Cohn-Bendit.

Voilà, en fin de compte et en dernière analyse, l’obstacle absolu à une application de la ligne de “Bloc populaire” du (n)PCI ici en Hexagone, application qui consisterait à mettre au pouvoir cette “première gauche” réformiste “dure”, le Front de Gauche qui a actuellement “le vent en poupe”. Mélenchon emprisonne, avec le PC, une bonne partie du “salariat moyen-inférieur” (dont l’aristocratie ouvrière) et même du prolétariat ; mais il est clairement l’émanation de la gauche des monopoles. Il est indissociablement lié aux structures de la République bourgeoise monopoliste, structures institutionnelles et idéologiques, à commencer par la franc-maçonnerie. En Italie, les choses ne se posent pas du tout en ces termes. Le pays a été dominé pendant 45 ans par la Démocratie-chrétienne, autrement dit, le parti du Vatican ; agrégeant autour d’elle diverses forces conservatrices-catholiques, libérales ou réformistes “molles” (PSI). Il y avait le mouvement néofasciste ; et il y avait le vieux PCI (devenu “eurocommuniste” dans les années 1960), le PSIUP(3) (scission de gauche du PSI, qui était lui aussi “une sorte de PSU”…), les Radicaux (scission de gauche des libéraux, militant sur le plan sociétal : droit à l’avortement etc.), formant ensemble la “gauche bourgeoise”. Dans le “grand chambardement” des années 1990-94 (opération Mains propres, dissolution du PCI etc.), la Démocratie-chrétienne a splité en deux (“centre-gauche” et “centre-droite”), captant d’un côté la dépouille du PCI et de l’autre une bonne partie des néofascistes, mais c’est toujours elle qui dirige (en “alternance”) le pays. Les forces progressistes assumées qui rejettent son pouvoir, celui de parti du Vatican, sont a minima l’équivalent de notre “deuxième gauche”. Il n’y a pas d’équivalent de la “première” (ou alors, peut-être, dans “l’Italie des Valeurs” du juge “mains propres” Di Pietro ?).

Et, alors, quid d’un “Bloc populaire” avec la “deuxième gauche”, le NPA ? Encore faudrait-il, pour se poser la question, qu’il y ait une réelle “perspective”, une dynamique ascendante. C’est tout le contraire. Le NPA s’effondre, se délite de toute part. Malgré le “capital sympathie” acquis ces derniers temps dans sa campagne, la candidature Poutou ; c’est-à-dire la NON-CANDIDATURE de Besancenot, alors que le NPA a été construit et fondé, sur la base de ses scores de 2002 et 2007, littéralement par et pour celui-ci ; est le symbole de cette démission généralisée… On peut difficilement envisager un gouvernement qui serait de “salut public” contre la crise, pour prendre des “mesures sociales immédiates et radicales”, avec des gens qui, reprenant toute la critique communiste du capitalisme sans en assumer les conséquences révolutionnaires, ne savent ni vraiment ce qu’ils veulent, ni où ils vont. Leur dire “vous voulez l’interdiction des licenciements, le SMIC à 1700€, etc. ? faites donc, mes braves !” n’aboutirait qu’à les faire fuir à toutes jambes, ou se réfugier dans un discours du type “tout ça, ça se construit par en bas, par les luttes” etc. Ils rétorqueraient que, de toute façon, le système de la 5e République bourgeoise tricolore est verrouillé, ce qui est d’ailleurs vrai (c’est bien pour cela qu’il faut une prise de pouvoir révolutionnaire !). À vrai dire, en passant, on voit mal ce que le (n)PCI attend d’autre de personnages de ce type en Italie ; à moins qu’il ne cherche simplement à démasquer leur inconséquence, et à capter à lui les masses ouvrières et populaires que, pour l’instant, ces discours “anti-libéraux” ou “anticapitalistes” emprisonnent (“accumulation de forces révolutionnaires” qui est la tâche essentielle de l’étape de défensive stratégique, dans la lutte révolutionnaire prolongée).(4)


Ce que le PCmF et le PCmI appellent “fascisme moderne”, c’est, en réalité :


- le cadre général, depuis le début du siècle dernier, de la “contre-révolution préventive” (la bourgeoisie a cessé d’avoir tout rôle progressiste, et ne lutte plus que pour son maintien au pouvoir, envers et contre le vent de l’histoire) ;

- la lutte contre la chute du taux de profit, la crise générale par surproduction absolue de capital ; la répression à tout crin des réactions des masses populaires aux mesures prises (et à la condition dans laquelle elles les plongent) ; et la tendance à la guerre (les monopoles capitalistes ne peuvent plus valoriser leur capital qu’aux dépens des autres) ;

- tout cela, EN L’ABSENCE (depuis plus de 30 ans) d’un mouvement communiste, et même d’une mouvement ouvrier/populaire (même réformiste) fort et structuré (en sa présence, il y aurait le fascisme “classique”).


C’est une droitisation généralisée du champ de la politique bourgeoise. Le NPA, ex-LCR, on l’a dit, est devenu une sorte de PSU. La “gauche anti-libérale” PC, PG ou Montebourg verse de plus en plus dans un populisme “anti-gros” enrobé d’une ressucée de “Programme commun”, un chauvinisme échevelé etc. Le PS n’est plus que l’ombre d’un libéralisme social à la Servan-Schreiber. La droite “traditionnelle” se “décomplexe” et l’extrême-droite explose. Quelques exceptions confirment la règle (quand on comprime un liquide, il gicle toujours quelques gouttes) : Bayrou semble plutôt avoir évolué vers la gauche depuis 10 ans (ou est-ce le PS qui a, à ce point, évolué vers la droite ?), et Mélenchon a quitté le doux bercail PS pour se rêver en “père fondateur” d’une “6e République”.


En réalité, face à la crise générale du capitalisme, tout discours qui ne porte pas la Révolution prolétarienne exprime, en réalité, une insurrection du capitalisme contre sa propre crise (par surproduction de capital, dont une manifestation caractéristique est la spéculation, la “finance”, le poids des banques (capital sur-accumulé) sur l’”économie réelle”, d’où les discours virulents à ce sujet). L’histoire politique (300 ans) de la bourgeoisie, et l’influence du mouvement révolutionnaire du prolétariat dans la vie de la Cité bourgeoise (depuis 150 ans), font simplement qu’il y a des expressions plus ou moins progressistes ou réactionnaires, plus ou moins “sociales” (faire des concessions à la force de travail) ou “libérales” (privilégier le Capital, qui “crée de la richesse”, donc “de l’emploi”, donc “du bien-être social”). Ce sont des expressions de la nécessité de réorganiser les rapports de production et l’ensemble des rapports sociaux (règles écrites et non-écrites de la vie en société) pour “relancer la machine” à accumuler et valoriser le capital. Mais, dans tous les cas, cette réorganisation ne peut passer que PAR LA GUERRE, économique à tout crin d’abord, MILITAIRE ensuite. Car la surproduction absolue de capital, fait que les capitalistes ne peuvent plus valoriser leur capital qu’au détriment les uns des autres ; et donc, à un moment donné, il faut détruire du capital en trop sur la planète (de préférence, sur le “territoire” des puissances impérialistes concurrentes).  Lors de la première crise générale du capitalisme, ni les “démocraties”, ni les fascismes n’y ont échappé (puisque l’aspect purement bourgeois de la guerre fut justement entre “démocraties” et fascismes). Dans le champ politique de la bourgeoisie, il y a les éléments qui l’assumeront ; les autres seront balayés par l’histoire (c’est le cas de l’”écologie politique” des Verts et de la “social-démocratie radicale” trotskyste, triomphantes il y a 10 ans, et aujourd’hui siphonnées par le PS et Mélenchon). A moins… de se rallier à l’unique autre solution : la Révolution.


Mais pour pouvoir agréger ces forces à la Révolution, il faut déjà construire et consolider (en faisant, en contrepartie, “se lever une contre-révolution compacte et puissante” : le fascisme) le centre d’agrégation de celle-ci : le PARTI

. 

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_unifi%C3%A9_%28France%29

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_ouvrier_et_paysan

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_socialiste_italien_d%27unit%C3%A9_prol%C3%A9tarienne

(4) Sur ce point, voir l’autre article sur ce Facebook : http://www.facebook.com/note.php?note_id=10150638858031607

Servir le Peuple

repris sur feux de prairie

Par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com - Publié dans : Analyse, Théorique et Reflexion
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