Sur Atlantico, Anonymous, c’est Al Qaida

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Re-PAN ! T'es re-cyber mort !


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« World War Web :Anonymous, c’est l’e-Al Qaïda ! »

(regardez votre url dans la barre d’adresse, c’est très drôle)… rien que ça ! 

Quel sensationnalisme, quel sens de la formule, quelle habile comparaison.

Théorie du complot, terrorisme, zoophilie, on se demande à côté de quel cliché éculé Matthieu Creux, prêtant sa plume à Atlantico, a pu passer. C’est mignon tout plein de désinformation et c’est surtout factuellement assez contestable.

Mais lisons la suite, des fois que…

« Organisation secrète, elle rappelle par son mode opératoire une autre « base » célèbre… »

Dés le début, on a donc droit à un combo. Anonymous, serait selon l’auteur

une organisation secrète.

Une organisation secrète avec des canaux irc parfaitement publics, qui invite tout le monde à la rejoindre. Mais en secret SVP !

L’auteur nous demontre ici, en très peu de mots, qu’il n’a pas tout compris au mode de fonctionnement d’anonymous. Il n’y a pas de carte de membre d’Anonymous, pas de cotisation, pas de Bin Laden en chef non plus, et surtout, Anonymous n’a de secret que les identités des personnes qui, ponctuellement, se joignent à des actions. Ceci n’en fait aucunement une « organisation secrète », mais plutôt une « anti-organisation ». Dans cette même phrase, Matthieu Creux sous entend que « l’organisation Anonymous » serait comparable à celle d’Al Qaïda. Al Qaida, sur Atlantico, c’est bien, ça parle à tout le monde, d’ailleurs Anonymous a probablement sa propre Charia. Peu importe qu’Anonymous se soit maintes fois illustré dans des combats pour les libertés et la laicité, Al Qaida, avec ça, notre mage N’Bolo Googlyaoo va être tout joisse.

« Si Tom Cruise n’avait pas été scientologue, le site de la Hadopi n’aurait probablement pas été piraté vendredi soir. »

Et paff première phrase, première connerie. Le site de l’HADOPI n’a pas été piraté, il a essuyé des tentatives d’injection, des dénis de service, mais n’a pas été piraté, comme l’auteur l’affirme sans visiblement trop comprendre de quoi ça cause. Devant le flux, l’HADOPI a décidé de mettre de son propre chef le site hors ligne. Cette affirmation est donc parfaitement fausse, mais au moins le décor est bien planté pour la suite.

D’Anonymous, on passe assez naturellement à 4chan. On se serait bien douté que dans cette prose un tantinet orientée, il aurait été bien compliqué de ne pas assimiler Anonymous à des pédo-zoophiles d’Al Qaida. C’est chose faite ici :

« On y trouve donc de tout : photos humoristiques, zoophilie, tortionnaire de chats, etc… »

Le mot est ensuite lâché, Anonymous est une « organisation terroriste« . Des milliers de personnes qui manifestent dans la rue et bloquent la circulation, comme Anonymous bloque les tuyaux des internets des personnes qui restreignent les libertés pour une caste d’industriels de la galette en plastique, c’est donc une bande de terroriste. C’est les syndicats qui vont être contents de l’apprendre.

« Cette filiation visuelle avec l’anarchiste qui voulait faire sauter la Chambre des Lords anglaise en 1605, ce mode opératoire guerrier et cette systématisation de la suppression (virtuelle) de ses opposants (légitimes, au sens wébérien) rapprochent les Anonymous du terrorisme. »

L’auteur signale tout de même que cette cyber guerre fait des cyber morts, c’est là un point à porter à son crédit, mais il ne peut s’empêcher de victimiser cette pauvre industrie de la culture à qui il était impératif de subventionner car sa croissance à deux chiffres ne suffisait probablement pas. C’est un très bon message pour les milliers de français qui perdent leur emploi en ce moment, bien joué.

« Sans conteste, il s’agit d’une vraie guerre froide électronique. Il n’y a pas de morts mais les dégâts matériels et financiers sont importants. »

Si vous avez des informations sur un script d’attaque qui détruit le matériel à distance et qui aurait été utilisé par Anonymous, merci de partager votre savoir, ça semble super intéressant. Concernant les dégâts financiers, encore une fois, ça n’en fait pas plus qu’une grève… ah mais ça le droit de grève et le droit de manifester, c’est pas pour Internet, puisque les Internautes… c’est pas des citoyens hein ? On commence à se demander si l’auteur n’est pas diplomé de la 3M’Académy ? 3M, pour laquelle nous avons une pensée émue en ce jour et dont le site web passe maintenant le validateur du W3C (contrairement au notre, affreux que nous sommes).

Pour appuyer ses propos conspirationnistes, Matthieu Creux nous sort une savante petite référence , attention Gogogadgeto-spécialiste  :

« selon Kevin G. Coleman, l’un des plus grands spécialistes internationaux, il s’agit de « l’utilisation préméditée des activités perturbatrices, ou la menace de celle-ci, contre des ordinateurs et/ou réseaux, dans l’intention de causer un préjudice ou encore social, idéologique, religieuse, politique ou des objectifs similaires, ou pour intimider toute personne dans la poursuite de tels objectifs ». »

Le cadre bien posé, il peut maintenant exploiter l’un de ces thèmes si cher à la « droite libre » : $ sudo ./PEUR.sh :

« La devise des Anonymous  »Nous sommes anonymes. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Attendez-vous à nous voir » fait peur.  »

On se croirait presque revenu en 1981, juste après l’élection de François Mitterrand : « les chars soviétiques sont aux portes de Paris, fuyez honnêtes gens, nos compagnons helvètes nous accueilleront »

« sabotage des infrastructures informatiques de l’église protestante Westboro…  »

OMFG, Anonymous s’attaque à l’Eglise, on voit d’ici l’effet sur le lectorat d’Atlantico. Anonymous est une bande de pro-palestiniens anarco-conpirationistes zoophiles… Terrorisme, zoophilie, anarchisme, théorie du complot… que nous manque t-il ? Ah oui, l’acte de sabotage d’infrastructures d’un truc super sérieux dont la sécurité d’États dépend : l’infrastructure informatique de l’Eglise Baptiste de Westboro, qui combat l’homosexualité en publiant des sites web intellectuels comme  GodHatesFags.com (Dieu hait les tapettes), GodHatesAmerica.com (Dieu hait l’Amérique). Aucun doute, « l’infrastructure » a pris cher. C’est quand même assez gonflé de prendre en référence, pour appuyer ses propos, une église baptiste, pour le coup proche au niveau des positions religieusement extrémistes d’Al Qaida.

En conclusion, l’auteur nous explique qu’Anonymous n’a obtenu aucun résultat. Et pourtant le résultat est là, une poignée il y a quelques mois, aujourd’hui, ce sont des dizaines de milliers d’internautes qui participent à des manifestations numériques, certes parfois un peu agitées, sous la bannière d’anonymous, et probablement biens plus encore de sympathisants. On se doute que certains parti politiques rêveraient d’installer si massivement et durablement leurs idées. Anonymous est là, bien là, et ça va durer.

 

 

 

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