Pourquoi SUD ne soutient pas l’une de ses militantes?

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Jeanne Delarocque, une militante SUD de Téléperformance, a rendu son mandat de
déléguée syndicale en 2007, avant d’être éjectée du CHSCT par son syndicat qui lui
refuse tout soutien, alors que celle-ci est en contentieux avec la direction sur son
activité d’élue au CE. Parcours d’une militante, peu encline aux compromis, qui est
parvenue à s’attirer les foudres tant de son syndicat que de sa direction.
Lire notre dossier:
Les deux pires ennemis potentiels du délégué syndical : son patron et... son
syndicat Le 1er avril dernier, Jeanne Delarocque, élue titulaire du CE Centre Est de
Téléperformance, était convoquée par la DRH à un entretien préalable. Le motif : le
dépassement du crédit d’heures de délégation. La sanction : trois jours de mises à
pied. Depuis octobre 2010, cette militante du syndicat SUD dépassait en effet son
quota au regard de la circonstance exceptionnelle liée à la mise en œuvre d’un
nouveau PSE. Sauf que la direction considère qu’une élue rattachée à un site
(Guyancourt) non concerné par le PSE n’est pas en droit de dépasser son quota
d’heures... Jeanne Delarocque considère quant à elle que son rôle de titulaire dans
ce CE, qui englobe notamment tous les sites d’Île-de-France, dépasse logiquement le
périmètre du site de Guyancourt (Yvelines).
• Depuis fin octobre, son salaire joue au yoyo car la direction a décidé de ne pas
rémunérer les heures de délégation prises, sous prétexte de la circonstance
exceptionnelle. Concrètement, l’élue a touché un salaire de 100 euros en octobre
2010, de 800 euros en février 2011 et de 300 euros en avril 2011.
« J’ai justifié à la direction de toutes les heures de délégation exceptionnelles
que j ai prises », affirme Jeanne Delarocque, élue devenue titulaire au comité
d’établissement Centre Est et seule déléguée du personnel, suppléante, sur le site
de Guyancourt pour SUD. Chacun de ses bulletins porte en effet la mention « absence
justifiée non payée »...
Non assistance juridique
« J’ai sollicité un soutien juridique à mon syndicat SUD Télécom Paris qui m’a
clairement signifié qu’il ne souhaitait pas m’aider, sans même me rencontrer et
m’interroger… Le courrier reçu est extraordinaire ! », souligne-t-elle. Une absence
de soutien assumée par le syndicat, qui estime que l’élue SUD n’est pas dans les
clous. « Une discipline collective s’impose dans notre syndicat comme dans tous les
autres. Les comportements d’électrons libres sont incompatibles. On ne peut pas
prendre des initiatives individuelles sans en informer au préalable les autres
militants », estime ainsi Issam Baouafi, le DSC SUD de l’UES Téléperformance.
• Un mois plus tôt, le 1er mars 2011, le syndicat avait démandaté son « électron
libre » du mandat de représentant syndical au CHSCT de Guyancourt, au terme d’une
procédure qui mériterait quelques éclaircissements.
« La réunion de section qui a décidé de ce « démantatement » s’était tenue en avril
2010, où étaient majoritairement présents des militants SUD de Pantin. Aucune
convocation écrite n’avait été adressée aux militants de Guyancourt. Les militants
de Pantin n’avaient en outre pas tous le droit de vote, car une majorité d’entre eux
appartenait à une autre structure SUD, qui les accueillait préalablement, avant la
restructuration intervenue le 1er janvier 2009 », souligne celle qui, en dépit de
tous ces éléments défavorables, n’a été sanctionnée qu’à un vote près.

Soutien du terrain
Sur le terrain, Jeanne Delarocque compte des soutiens parmi les militants et en
dehors du syndicat SUD Télécom. Elle est ainsi devenue conseillère du salarié au
niveau de Solidaires 78. C’est justement pour ne pas perdre ce lien avec le terrain
qu’elle a rendu cette fois son mandat de déléguée syndicale en janvier 2007. Très
vite, elle ne s’est plus trouvée sur la même longueur d’onde que ses ex-collègues
délégués syndicaux. La confiance s'est altérée encore plus quand le syndicat n’a pas
attaqué Téléperformance en justice, contrairement à ses engagements, en rebondissant
sur un procès verbal dressé pour abus de travail intérimaire.
• « Nous sommes plutôt radicaux mais il y a des limites au regard du principe de
réalité. Être jusqu’au-boutiste sans avoir de stratégies ne rime à rien », souligne
Issam Baouaf. En 2009, la section SUD de Téléperformance et la CGT ont été les seuls
à aller jusqu’au bout d’une judiciarisation du PSE. Tout ça pour voir, au dernier
moment, la CFTC (premier syndicat de l’entreprise avec 24 % des suffrages) rallier
le camp des syndicats validant le plan de restructuration.
Avec sa casquette de déléguée du personnel, suppléante, sur le site de Guyancourt,
Jeanne Delarocque persiste dans son activisme sur terrain. Sauf que les questions
qu’elle fait remontrer à la direction ne sont pas relayées à la direction par le
titulaire, par ailleurs délégué syndical central de la CFTC. Chez Téléperformance,
la règle veut en effet que les délégués du personnel suppléants ne puissent pas
transmettre en direct les questions à la direction... Encore une occasion de ne pas
lâcher prise pour celle que son syndicat n’a pas exclue, malgré un refus d’aide
juridique et un « démandatement ». Pas question pour Jeanne Delarocque de changer de
crémerie syndicale. L’herbe ne serait pas plus verte ailleurs.

 

lu sur miroir social (merci kreuzberg ;) )

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