La dette publique, qu’est-ce que c’est ?

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

 


On parle beaucoup de dette publique dans les médias en ce moment.

De quoi s’agit-il ? Pour combler son budget, l’État emprunte de l’argent, comme peut le faire un particulier. L’État emprunte, dit-il, pour combler le déficit public, autrement dit le déficit laissé par les gouvernements précédents et que chaque gouvernement, de droite comme de gauche, s’ingénie à approfondir. Quand on dit que le niveau de la dette atteint 85 % du PIB (produit intérieur brut) de la France, ou encore 97 % de celui de la Belgique, cela signifie que son montant équivaut à presque tout ce que les travailleurs produisent dans le pays en un an. Le montant de la dette augmente chaque année, quels que soient les gouvernements : elle a quadruplé en 30 ans. Car ce sont bien les travailleurs qui payent la dette, par nos impôts et même quand nous ne sommes pas imposables, par la TVA, un impôt indirect intégré dans les prix de tout ce que nous achetons, ou encore par les impôts des entreprises, puisqu’ils sont payés sur le dos des salariés. En réalité, le montant de la dette est tel que c’est le travail des générations futures qui est déjà dépensé par l’État.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1315130695.jpgL’État n’emprunte pas de manière exceptionnelle, bien au contraire : il emprunte de l’argent chaque année, depuis des décennies, voire des siècles, si bien que les emprunts lui servent de plus en plus… à rembourser ses dettes. Auprès de qui est-ce qu’il emprunte ? Il peut le faire de plusieurs manières, soit par emprunt public (les fameux « bons du trésor »), soit de sociétés financières privées, des banques, ou comme le fait souvent l’État français, de compagnies d’assurances. De toute façon, les « titres de la dette », c’est-à-dire les reconnaissances de dettes, peuvent être achetées et vendues sur le marché international, comme le font les sociétés de rachats de crédits pour les particuliers par exemple. Si bien qu’on ne sait pas toujours entre quelles mains ils se retrouvent à un moment donné. Autrement dit, on ne sait pas bien à qui appartient une dette dont le montant est égal, parfois supérieur au budget de l’État.

Comme un particulier, l’État rembourse avec intérêts. Celui qui prête de l’argent ne le fait pas pour aider l’État, mais pour gagner de l’argent. C’est un investissement et du point de vue des financiers, ça n’est rien d’autre : prêter de l’argent à l’État ramène un bénéfice important, sans compter l’argent empoché par ceux qui spéculent sur la dette publique. On peut dire tout ce qu’on veut sur les fonctions politiques ou sociales de l’État, il reste d’abord un moyen de gagner de l’argent pour ces gens-là. Pour prouver qu’il est en mesure de rembourser ses dettes, l’État fait appel à une expertise extérieure : ce sont les fameuses agences de notation. Trois d’entre elles jouent un rôle essentiel dans l’économie mondiale : Moody’s, Standard & Poor’s et dans une moindre mesure, Fitch Ratings. Une bonne note attire les investisseurs, car c’est la preuve que l’État est capable de rembourser la dette et de payer les intérêts, et cela facilite l’obtention de prêts à taux réduits. Quand elles baissent la note, cela signifie que la gestion de l’État est mauvaise, selon leurs critères à elles — qui n’ont rien à voir avec le bien-être de la population.

Quand les capitalistes qui ont prêté de l’argent savent que la gestion de l’État est saine, que la dette va être remboursée et que les intérêts seront payés, ils n’ont pas de raison de se mêler de la façon dont il gère son budget. Lorsqu’ils craignent de ne pas être remboursés, qu’un État soit en cessation de payements, alors ils commencent à s’en mêler, à le conseiller sur la façon de faire des économies. Ce qu’ils recommandent, c’est toujours de réduire le budget des écoles, des hôpitaux, des services sociaux ou les salaires de petits fonctionnaires.

Le Fonds Monétaire International, dont DSK était le président, ou encore la Banque mondiale, imposent cette politique à de nombreux pays depuis des décennies, en provoquant des catastrophes sociales. Aujourd’hui, avec la crise de la dette en Grèce, en Espagne ou en Grande-Bretagne, la même politique est imposée à des pays d’Europe, et de manière « préventive », pour rassurer les marchés financiers, elle est mise en œuvre aussi en France, en Belgique, en Italie et d’autres pays. Autrement dit, non seulement les travailleurs payent la dette créée par les gouvernements, mais en plus, ils subissent de plein fouet les coupes budgétaires.

La revendication majeure qui est en train d’émerger dans les mouvements sociaux, d’Athènes à Londres, est simple et juste : « Refusons de payer la dette ! Refusons les coupes budgétaires ! » Nous ne voulons pas un moratoire (c’est-à-dire reporter le payement à plus tard). Nous ne voulons pas faire le tri des dettes « légitimes » et « illégitimes », comme le proposent certains. Nous ne voulons pas d’« euro-obligations », c’est-à-dire de mutualiser la dette des États européens. Nous voulons l’annulation pure et simple de la dette et des coupes budgétaires.

Nicolas Dessaux

Communisme-ouvrier n° 12, septembre 2011.

 

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