Kommando Rhino bleibt ! Sur la scène autonome et alternative radicale freibourgeoise

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com


À Freiburg, outre le célèbre KTS et le quartier alternatif libertaire de la BelfortStraße, ainsi que le squat culturel et artistique libertaire de la GartenStraße 19., existent deux villages-communautés autogérées, autonomes et anarchistes : le Schattenparker et le Kommando Rhino. Ce dernier a reçu un ultimatum des autorités étatiques qui procèderont à une évacuation policière le 30-31 juillet 2011. Face à ces attaques de l’État, le Kommando Rhino s’organise et lance la riposte, offensive, radicale, sans concession. Dans la continuité des actions qui se multiplient, un appel a été lancé à une grande Bass Parade (ou Bassta Parade) ce samedi 28 mai à Freiburg, sous le slogan KOMMANDO RHINO BLEIBT.

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Mais avant d’en venir au détail de cette formidable manif, qu’est-ce que le Kommando Rhino ?

Si l’on veut être chronologique, le KTS a vu le premier le jour à Freiburg il y a une quinzaine d’années. Depuis, chaque structure ou lieu autogéré et sauvage connaît le même scénario :

1) Squattage illégal, aménagement matériel et logistique du lieu selon sa structure et l’idée qui lui est assignée (bar autogéré, squat politique, salle de concert, lieu culturel et artistique, etc.). Dans le cas du KTS, il est notable de rappeler que les bâtiments appartenaient auparavant à l’armée française, anciennes usines et casernes militaires.

2) L’État via municipalité et autres tentent de négocier, en cherchant à rentabiliser et récupérer la chose OU lance directement un avis d’expulsion pour faire autre chose du lieu, rentable et capitaliste, touristique ou commercial.

3) Grandes manifestations sauvages et actions radicales en continu pour faire pression et tenter de faire reculer l’État.

4) S’ils ne fléchissent pas et qu’ils envoient effectivement plusieurs centaines de flics pour chasser les « indésirables », affrontements directs d’autodéfense et quotidiens.

5) L’État, en général, finit par fléchir et accorde telle ou telle légalité officielle.

6) Le lieu enfin réapproprié se développe et permet de promouvoir la scène underground, alternative et radicale, par des concerts, des réunions, des conférences, des projections, des manifs, des actions, toujours dans une perspective anticapitaliste autonome.

Ainsi, le KTS s’est implanté de la sorte. Suite à lui, a émergé le GartenStraße, les bars autogérés puis les squats d’habitation de la BelfortStraße, puis la première communauté ou village autogéré, à savoir le Schattenparker. Dès son aménagement et son implantation sauvage, les flics attaquent en force. C’est en 2005. Ambiance de guerre à Freiburg, affrontements violents et émeutes continues entre anars, totos, marginaux radicaux, jeunes de tout horizon solidaires, qui défendent avec acharnement la zone libre. Finalement, l’État a craqué et accepté qu’une telle communauté autogestionnaire existe « légalement », c’est-à-dire sans plus aucun coup férir de la part des autorités, mais en contre-partie sur une autre zone (bien sûr, les camarades ne réclament pas vraiment une légalité, ils souhaitent « juste » vivre pour eux-mêmes de manière autonome envers et contre le capitalisme et l’État. Ainsi, dans un tel contexte, l’obtention de telle ou telle légalité est une victoire politique certaine, arrachée par la lutte à l’État et ses chiens qui sont forcés de laisser ces zones et leur influence émerger et se consolider). En revanche, les camarades de la Schattenparker doivent payer un loyer, assez lourd semble-t-il, encore aujourd’hui, et cherchent les moyens d’y échapper à terme.

Ainsi, 60 personnes vivent en collectivité à la petite commune autogestionnaire de la Schattenparker.

En 2009, le projet du Kommando Rhino surgit à son tour. Le début de son histoire et celle parallèle de son nom est saisissante : à Genève en Suisse, un énorme squat anarchiste du nom de Rhino s’est fait attaquer par les flics, évacué, détruit et rasé, sur la demande d’un riche actionnaire immobilier, le docteur Schloeder (ou Schroeder, quelque chose comme ça) qui voulait construire un grand hôtel cher. Il y est parvenu.

Or, au quartier Vauban de Freiburg, à ½h à pied de la gare, et pas très loin de la BaslerStraße où se tient le KTS (au numéro 103), un terrain vague abandonné voit soudain un panneau publicitaire géant annonçant la construction prochaine d’un building-hôtel de luxe. Aussitôt, un petit groupe de camarades autonomes ont arraché le panneau et lancé une lutte contre le capitalisme immobilier bourgeois. Petit à petit, d’autres camarades sont venus et a été décidé de se réapproprier le terrain et d’en faire une communauté autogestionnaire libertaire et autonome. La presse dominante calomnie alors et fustige la « vengeance des anarchistes suisses ». En effet, le promoteur du projet immobilier pour cet hôtel n’est autre que le docteur Schloeder en question. Aussi, par solidarité, les camarades de Freiburg lancent le projet au nom de Kommando Rhino, connaissant l’histoire du squat de Genève.

En deux ans, la réappropriation matérielle et logistique du terrain fut remarquable de réussite et d’efficacité.

Voici d’ailleurs un lien où l’on peut voir pas mal de photos de l’aménagement du lieu et de la construction des structures.

Et ici un lien sur le Kommando Rhino finalisé tel qu’il est aujourd’hui.

Plusieurs camions d’habitation, au moins 3-4 petits baraquements d’habitation supplémentaire, une cuisine, un café-bar, une bibliothèque, des toilettes sèches, et l’impressionnante salle de concert et de réunion, dont la terrasse n’est autre que l’ancien stand géant publicitaire réapproprié et réaménagé. Dans cette salle a donc lieu réunions et concerts, mais aussi projections, théâtre, ateliers pour enfants, stockage de matériel de manif et d’action, infokiosque, etc. Tout a été construit de manière autogérée avec des récupérations de matière première ici et là, à la main, à la hache et au marteau. Ainsi naquit le dernier village autogestionnaire permanent en date à Freiburg.

Deux ans se sont écoulés, où l’État a laissé faire. À présent, l’État menace de reprendre le projet capitaliste initial et a lancé un avis définitif d’expulsion, d’évacuation et de destruction pour le 30 et 31 juillet 2011. Face à cela, le Kommando Rhino multiplie les appels à la solidarité et lance la riposte. C’est donc dans ce cadre que s’est déroulée la première grande Bass Parade-Kommando Rhino Bleibt hier en fin d’après-midi.

SAMEDI 28 MAI 2011, 17h :

Cortège impressionnant de près de 600 personnes, avec pas moins de 11 camions de son crachant du dubstep et de l’elektro hardcore, des clowns, une samba en pink bloc, beaucoup d’enfants, des jongleurs, des hippies radicaux, des totos, des marginaux, des keupons, des types sur échasses avec des drapeaux rouge et noir, des gens qui jouent au ballon, une brigade anti flics en civil, un groupe indymedia qui couvre la chose, et à l’avant un petit black block qui ouvre la marche avec des slogans scandés avec une rage et une détermination qu’on ne croit voir qu’en Allemagne. À préciser l’organisation du Block en une quinzaine d’énormes banderoles attachées directement les unes aux autres permettant de mieux contenir une charge de CRS ou de mieux réussir une charge sur les CRS, alors gênés par les banderoles et ne pouvant réellement charger au milieu des gens pour arrestations ou frappes. Cela permet d’être davantage compact, avec une meilleure concentration collective de l’énergie physique d’un Bloc en lignes au coude à coude, et de tenir au corps à corps en lignes contre lignes.

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La manif dura près de 4 heures, sous forme de Reclaim The Street, avec des blocages d’avenues et de carrefours importants pendant lesquels tout le monde dansait sur le son entrecoupé par des communiqués à l’intention des autorités municipales et de la ville, ainsi que de la population pour expliquer la situation. Bien sûr, la manif est sauvage et non déclarée, comme la quasi totalité des manifs autonomes à Freiburg. D’autres camarades vont tracter vers les voitures bloquées qui accueillent bien la chose et son aspect festif. Cette solidarité populaire est d’ailleurs assez surprenante, tout le long de la manif, les gens klaxonnent, lèvent le point, scandent avec nous, se moquent des flics qui encadrent hermétiquement le cortège, etc. On bloque les routes-axes périphériques, toujours avec des communiqués sur la position du Kommando Rhino en parallèle à la fête de rue. L’idée était également de défiler sauvagement en centre-ville, mais le dispositif policier empêchant tout accès, les camarades du Block à l’avant préfèrent éviter la confrontation directe pour le moment.

Alors qu’on retourne au bout de 3 heures vers le Kommando Rhino sur une grosse avenue, les autonomes du Block tentent une initiative : en deux minutes, tous se cagoulent et se mettent à courir vers la dernière rue latérale menant au centre-ville, en tentant de prendre de court les flics. L’idée est d’aller vers la place du théâtre. Les flics réagissent direct et nous interceptent en plein sur le flanc, ce qui laisse le temps à d’autres CRS robocops de se positionner face à nous frontalement. Corps à corps pendant ¼h, cagoules contre matraques. Au début, les CRS contiennent et encaissent les coups, tandis que l’on cherche simultanément à saisir leurs matraques à travers les banderoles. Finalement, les CRS finissent par gazer à plusieurs reprises avec du lacrymogène en spray. Quelques-uns refluent, mais les lignes tiennent et poussent encore davantage au coude à coude contre les flics. Ils matraquent plus durement et gazent à nouveau, à coups répétés. Un flic qui a tout pris dans la tronche d’un de ses collègues derrière lui, s’effondre au sol et est tiré à l’arrière (c’est toujours tellement drôle ce genre de scène qu’il faut les mentionner !). Là on reflue en arrière. Les dacryos sérum tournent rapidement, et après 2-3 minutes pour se ressaisir, un compte à rebours est lancé tandis que les flics se remettent en position. Zwei, eins, nul … charge frontale sur les flics. Sur le coup, ils reculent de plusieurs mètres, et on parvient à faire une percée sur un côté de leurs lignes. Mais d’autres CRS interviennent et gazent à nouveau en force. On recule. Ce qu’il manque, c’est juste quelques dizaines de personnes en plus, car nous sommes à peine 30-40 à tenter de percer. Tandis que d’autres gens commencent à arriver prêter main forte, d’autres camarades s’interposent et dansent sur du gros son d’un camtar qui arrive devant les flics, alors que d’autres les encerclent par derrière. Après un long face à face déterminé, joyeux et offensif, les flics commencent tout doucement à reculer, pris en tenaille. Mais plus loin dans la rue, d’autres fourgons de CRS bouchent complètement la rue.

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Finalement, on laisse tomber et on remonte vers le terrain du Kommando Rhino au quartier Vauban, cette fois bien davantage encadré par une centaine de robocops suréquipés (dont des longs bâtons en bois en guise de matraque (?!)). À la fois pour devancer les flics au cas où ils feraient chier, et pour marquer le ton en final, à 2-300 mètres du village, un nouveau compte à rebours est lancé et l’on finit la manif au pas de course aux cris rituels de Anticapitalista et Libertad Anarchia Total.

Une fois en zone sûre, plusieurs camarades, cagoulés, montent directement sur la terrasse du bâtiment principal qui, outre le fait de pouvoir squatter et faire des repas sur un toit, est surtout un excellent point de vue sur la rue et le carrefour pour surveiller les mouvements de flics. Ceux-ci alignent leur quinzaine de cars devant le Kommando Rhino, avec les flics casqués devant. Provocation de leur part. Riposte. On leur jette quelques gros pétards, ce qui suffit à les faire reculer. Ils resteront là pendant plus de 2 heures. Il a été discuté de faire une sortie et de les attaquer à 30 à coups de bouteilles pour les faire quitter la zone, ce qui d’après plusieurs camarades aurait été le cas. Mais finalement, les CRS rentrent dans leurs fourgons et à terme finissent par évacuer les lieux.

Cette manif est un succès. Si l’initiative d’attaquer sur la rue latérale en fin de manif a été discutée pour sa pertinence (un cortège avec 11 camions n’est de toute façon pas assez mobile), elle a été malgré tout saluée pour avoir donner le ton. S’ensuit un énorme concert d’anarcho-punk suivi d’électro-punk anticapitaliste en intérieur (la chanson Riot a été reprise plusieurs fois ^^), et des braséros sont allumés en extérieur autour desquels on discute avec une bonne bière.

Photos de la manif et du coup de chaud contre les flics

Pour la suite des évènements, voici le « programme » :

NOUVELLE GRANDE MANIF BASS-PARADE « KOMMANDO RHINO BLEIBT » FIN JUIN (date non encore définie, checker le site du KTS et de Rhino).

APPEL À LA RESISTANCE ET À VENIR OCCUPER LE QUARTIER À PARTIR DU 28-29 JUILLET 2011, pour une LUTTE D’AUTODÉFENSE DIRECTE CONTRE LA POLICE LORS DE SON INTERVENTION. Les camarades de Freiburg espèrent que le mot tournera à Strasbourg et dans l’Est (des camarades de Vienne, de Karlsruhe et de Berlin étaient venus hier côté allemand), afin d’être le maximum et de faire reculer la police, probablement par érection et défense de barricades.

Sinon, pour info, grand festival de son à la communauté Schattenparker du 8 au 11 juin, avec raggea, dub et dubstep (le mois dernier, ils ont accueilli les groupes COLLECTIF MARY READ et MALATESTA qui ont promis d’y repasser, à prendre note !)

Adresse du SchattenParker : Eselwinkel 7 -Flugplatz ; avec un site et un myspace (davantage tenu à jour).

Adresse du KTS : BaslerStraße 103

Adresse du Kommando Rhino : Vauban M1 Allee

Site de la Coordination des Groupes Autonomes Antifas de Freiburg

Site Indymedia allemand de la région du Rhin

En outre, je tiens à préciser que de nombreux contacts ont été pris, et que les camarades de Freiburg appellent à ce que les Strasbourgeois viennent soutenir leurs actions, assurant naturellement de faire de même pour toutes les initiatives radicales à Strasbourg.

Kommando Rhino ist und bleibt !

guitoto – 29 mai 2011.

suir sur le nouveau blog du jura qu'o lé toujours libre !

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