Gardés à vue pour avoir chanté Brassens !

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

 Samedi 18 juin à 17 heures se déroulait un rassemblement à Paris, Place Louis Lépine (4éme), appelant à chanter Brassens devant la préfecture de police. La Fédération anarchiste s’associait à cette action qui faisait suite à une récente condamnation pour avoir lancé "Hécatombe" aux oreilles de pandores dont le sens de l’humour ne semblait pas ȇtre la qualité première. Alors que l’ambiance était calme et bon enfant, l’intervention policière l’a été beaucoup moins : deux camarades sont en garde à vue au commissariat du 4e arrondissement ( 01 40 29 22 00). Il leur est reproché outrage, rébellion et violence envers des représentants de l’ordre.En réalité, poussés dans le dos au moment où ils devaient descendre les escaliers , ils se sont raccrochés à ce qu’ils pouvaient dans leur chute pour éviter de se faire très mal, ce qui a servi de prétexte aux représentants de la loi républicaine pour exercer leur droit à cogner à tout-va. La Fédération anarchiste condamne ces arrestations et demande la fin immédiate de la garde à vue, elle réaffirme que tant qu’il subsistera un seul policier, la liberté d’expression sera un vain mot.

Fédération anarchiste, le 19 juin.
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"Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi."


Nous voilà donc sur la place pour chanter Brassens, poète officiel, honoré, récupéré par l'état à cause de son succès. Ah on n'est pas nombreux ! "Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent ! On est place Lépine, quartier historique, là les policiers français de la préfecture ont planifié la célèbre rafle du Vel d'hiv'. Ah les caïds ! Y sont organisés. Le bureau de Maurice Papon est là encore. On chante la liberté sous ses fenêtres. Il y a peut-être des fantômes d'anciens collabos ? C'est qu'ils ont oubliés de s'épurer, les flics et les juges en 44 ! Un oubli sans doute. Il y avait tellement de dossiers !
On s'étonne. Tout est en travaux, refait à neuf. Et du majestueux. Valsez millions ! Où le pognon ? Là ! Il sort pas de la caisse de la préfecture. Un panneau indique fièrement comme une victoire : la Préfecture : trente-huit mille fonctionnaires ! Ben voyons. Plus qu'y sont nombreux, plus qu'y se sentent forts.
On en voit quelques-uns, en rangs déjà d'oignons, en bleus, bottés, nervis nerveux. Une milice ? Va savoir. Ils ne se présentent pas, nous parlent pas. Il nous font la gueule, c'est tout. Ils font rien. Comme d'habitude. Pour l'instant ils sont loin, équipés pour le baroud, flingue à poste. Crânes rasés, des demis de mêlés de l'équipe de Brive la Gaillarde ?
On se dit, c'est pas pour nous, pas possible. Nous on vient honorer un poète national. On pense qu'ils sont là pour la protection de leur palace, pierre de taille, grand luxe. Rien n'est trop beau pour ces messieurs les burotiers. Ils aiment tout ce qui fait riche, les pauvres. Ils aiment les châteaux, ces parvenus, ils aiment la dorure. Le service-public, c'est le service-ma-gueule. Ils veulent du quatre étoiles ou rien. Ils sont pas payés pas cher mais ils travaillent dans le haut de gamme. Ça compense leur misère morale. On voit deux trois types louches avec le talkie. Ils nous tournent autour, nous matent en coin. Ça rôdaille, discutaille : "Mayday, mayday..." On ne fait pas attention, on s'en fout de leur cuisine. Y'en a partout des uniformes dans ce coinceteau. On en est bouffi. Ça en transpire des murs.
On ne se sent pas très bien, on n'a plutôt envie de foutre le camp. On n'est pas milicien soumis, nous, on le sera jamais ! On n'en veut pas de leur monde en ordre, aux ordres. Leurs uniformes. Leur gaz. Leur costard-kravache.

On a hâte de se rapatrier chez les normaux : les libres. Pacifistes. Qui peuvent parler. Chez les pas-esclaves. On n'a pas de doit de réserve, nous ! On n'a pas signé de contrat pour abdiquer notre liberté en échange d'une paie minable. On va pas fermer notre gueule pour laisser causer le petit Nabot tout seul. On va leur dire à tous ces khôns-là, les Sarko-trafiquants. On se distribue les feuilles avec la chanson de Brassens.

Il pleut, il fait froid. Bon, alors, hein, on la chante la chanson ? Vite ! Ouais... et après on se casse, on va boire un coup, ailleurs, loin d'ici, loin de leur sous-France. Leur petit monde de merde. Allez trois quatre... "Au marché de Brive la gaillarde". Un quidam se pointe, sorti de nulle part, avec une gueule de Maurice Papon raté, une demi-portion, avec un porte-voix. Pareil il ne se présente pas. Il dit : "La manifestation est interdite, dispersez-vous !"
Interdite par qui ? Par les miliciens ? La liberté d'expression est garantie par les droits de l'homme, on est homme, on n'a pas besoin d'être français pour être libre ! On n'a pas besoin de papiers pour être libre, pas besoin d'autorisation.
On continue de chanter notre Brassens volé, récupéré par les officiels, les claque-dents et les mange-merde des bureaux, les programmeurs de radio, les marchands de disques et les directeurs de centre culturel. Que font-ils ? Les miliciens nous cernent, nous les dangereux terroristes, les séditieux. Ah ça y est, chef ! On les tient ! Qui ? Une chorale de femmes et d'enfants ! Des chanteurs, non mais ! Quel courage ! Ah ils en ont ! Haut les flingues ! Ça mérite une prime de risque.
Les voilà, les nervis énervés qui nous poussent vers le métro Cité.
On ne veut pas se disperser. On veut pas obéir. Quel affront ! On ose ne pas obéir aux miliciens ! Alors les voilà ! Ils passent à l'attaque ! "Brigade en avant !" Pour nous disperser, ils nous regroupent. Tu piges la technique ? On les voit de près : petits yeux. Des jeunes. Boule à zéro. Comme le Parachutiste de Maxime Leforestier. Tronches de paumés. L'armée des chômeurs de Sarko. Je les vois, pense, au sketch de Coluche : le CRS arabe... Ils sont où les jeunes des banlieues ? Ben dans la milice à Sarko ! Ils nous regardent de travers, nous les francaouis. Ils ont bien envie de taper. Ils ont appris les techniques de close-combat.
"Dispersez-vous", nous regueule le demi-portion. Le rachot est passé burotier : il avait pas les mensurations exigées pour se battre. Il s'abrite, ce courageux, derrière sa cohorte de nervis. Par une "habile manœuvre", ils nous empêchent de nous disperser. Ils nous poussent dans l'escalier bondé du métro Cité. Les voyageurs veulent sortir du métro, font bouchon. On est coincé.
Les nervis nous agressent. Ils n'auraient pas d'uniforme, on dirait : racaille !
On est charronnisés ! Heureusement, cette fois-là, y'a pas de grille. On s'écrase sur les voyageurs. Il y en a qui tombent. Le rachaud avec son talkie, regarde depuis les tourniquets. Il est pas payé pour aider les gens, ni les protéger.
Les nervis nous poussent durement, des gestes violents, je les sens derrière moi, ils font mal. Nous y voilà.
Ils nous traitent en troupeau bêlant, veulent qu'on obéisse comme eux. Comme les soixante dix millions de clampins. Ils veulent qu'on se tape leur football, leur tour de France, leur télé, leur radio, leurs hommes politiques. Obéir à ces gens-là ? Macache. Plutôt mourir que crever. On n'obéira jamais. JAMAIS ! Ils sont trop khôns et trop moches. Trop bornés. Trop esclaves. On obéit pas à des esclaves. Ça se fait pas. On obéit à personne d'abord. C'est un réflexe. Alors on résiste aux petits faschos déguisés en républicains. On veut juste pas descendre dans leur métro, être traités comme déchets. C'est le syndrome de la Rafle. Ça les démange ! Une manie chez eux, de rafler les innocents, les faibles. Ah, ces minables se sentent forts avec les femmes, les enfants et les vieux. La Seine est pas loin. Le 17 octobre 61... Les souvenirs reviennent, on a les madeleines de Proust qu'on peut. Les nervis se sentent victorieux, ils sont armés jusqu'aux dents. Pistolet, matraque gaz lacrymo, menottes. Ils ont peur de nous, on est trente... même pas ! Eux trois cents. La république n'a pas d'argent mais dégueule de miliciens peureux. On les voit de près, à trente centimètres. Ils font de ces gueules, on dirait qu'ils nous en veulent d'être nous, d'être libres. Pas fonctionnaires ! Ils nous méprisent. On voit leur vrai visage. Ils se croient à la guerre. Ils sont bien teigneux à l'intérieur.
Tout à coup, c'est l'Hécatombe de Brassens, mais à l'envers. Les cognes nous rossent. Les rosses nous cognent. Ah les vaches. Ils chassent les manants de leur beau territoire réservé. Ils ont privatisés leur château. Ils se croient chez eux. Au secours Brassens ! Venge-nous ! L'un des copains est aussitôt arraché de notre groupe compact. Cris, bousculades. Le voilà happé. Ils le remontent, hors du métro, il se débat, il veut pas aller chez Sarko. Il veut pas de leur monde de flicaille... de règlement de merde, d'alinéas, de loi du... photocopies, triple exemplaires, monde borné, étriqué, minablissime. Pour eux, ne pas les aimer, c'est un acte de rébellion. On est obligé d'aimer ça.
Ils l'attrapent, ils sont à quatre dessus. Technique extraction. Ils le tirent, l'aspirent, il perd l'équilibre, bascule, en arrière, il étouffe il est étranglé. Le meneur ? Pas de bol, on n'a pas de meneur ! Ils n'imaginent pas un monde sans chef, alors ils en inventent un, c'est plus fort qu'eux, ces rampants. C'est leur instinct d'esclave qui veut ça.
Ils tirent un autre copain, la soixantaine ? Barbu. Il ne peut plus avancer. Un copain est tombé devant. Pour le milicien, c'est un refus d'obéir. Un gros maousse ceinture le copain. Par derrière, il lui prend l'oreille entre ses doigts et la tord de toute ses forces. Je vois la gueule du milicien grimacer d'effort, tellement il s'applique à faire mal exprès. C'est de la torture et puis c'est tout. Le copain hurle, sa femme panique, appelle au secours. Elle est bousculée, griffée. Ça panique. Les autres brutasses rappliquent, à quatre. Ils enlèvent notre copain de force. D'autres font barrage, on peut rien faire. Taper dans ces brutes, faire un seul geste? Même une caresse ? Ils n'attendent que ça pour toucher leurs primes, leurs indemnités, faire crépiter les rapports. Toucher des médailles. Alors on regarde de loin, nos copains maltraités par dessus le rang d'oignons, mis sur le ventre, menottés, traités comme viande. Des chanteurs de Brassens ! Ah les dégueulasses ! En une seconde on passe d'homme libre à prévenu, à individu convocable, attaché, enfermé, soumis, justiciable broyé dans leur machine kafkaïenne. C'est tout ce qu'ils veulent. Deux "individus", traités au cas par cas pour fournir à leur adminicastration des juges et toute la smala des burotiers. Leur cota de "clients". On est leur chair à papier. Leur viande à dossier, à procès, à procédure. Ils n'existent que comme ça. Deux mais pas plus, faut pas se déborder de travail, au château.
Et nous voilà en train de cavaler au commissariat, appeler l'avocat, essayer de les sortir de la nasse, c'est parti pour la garde à vue, toute la nuit, à attendre, dehors...



L'article no 10 de la convention européenne des droits de l'homme définit le droit à la liberté d'expression, ce droit comprend « la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière ».

Publié dans surveiller et punir

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Mariane 24/08/2011 13:46



Bonjour.


Un grand merci pour ce texte qui m'a véritablement transportée. Ca fait du bien de lire des gens engagés et libre-penseurs (et pourtant, nous devrions tous l'être, en France - ne sommes-nous pas
le pays des Lumières ?!). Merci encore. Je n'étais pas avec vous à chanter Brassens, mais je suis de tout coeur avec vous. Moi, j'ai l'habitude de chanter Parachutiste lorsque je croise des
uniformes. C'est plus fort que moi... Mais j'apprendrai l'hécatombre du marché de Brive la Gaillarde. Comme quoi, les flics peuvent même vous faire apprendre du Brassens !


Courage ! Et amitiés !



nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com 03/09/2011 20:42



au plaisir de chanter parachustiste avec vous lors d'un evement cher marianne


et attendant pour que tout nos lect-eur-rice-s puissent reviser  : la chanson en question !