Garde ta gauche

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com


 

Personne ne peut plus l’ignorer aujourd’hui : le système parlementaire actuel est corrompu de fond en comble. Des réseaux françafricains du PS aux mallettes à billets de l’UMP, en passant par les barbouzeries du FN. Le peuple est largement dégoûté de la politique, du moins de sa triste réduction aux partis en place et aux dirigeants people. Les programmes, pourtant interchangeables dans l’immense majorité des points défendus, passent après les conflits d’intérêts, les querelles de personnes.

Le socle commun aux partis parlementaires les réunit : défense du système républicain, donc défense des valeurs associées (militarisme, chauvinisme, propriété privée) et de la classe dirigeante en possession des moyens de production, des médias, des réseaux d’influence néo-coloniaux.

Avec la paupérisation de la « classe moyenne » (la petite bourgeoisie, symbole raté d’une prétendue réussite libérale) les rêves que vendait si bien le système s’effritent et le gouffre se creuse chaque jour un peu plus entre la classe dirigeante et ses pions d’une part, et de l’autre les masses populaires, abandonnées aux addictions, à la frustration, à la misère culturelle et sociale.

Pourtant tout cela n’est rien de plus qu’une fuite en avant pour ce système qui pourrit sur pied. Essayez d’allumer votre télé, de vous balader dans un kiosque, de vous intéresser à l’actualité des élites, bref d’étudier la culture dominante. Le sentiment qui vous frappe immédiatement est celui d’une décomposition terrible. Ces classes dirigeantes sentent le vent tourner et leur culture vaciller, elles s’abandonnent donc à tous les excès, à la corruption, au nihilisme : « si on doit tomber, autant ne pas aller seul dans la tombe ».

Face à ce constat, il est tentant de se démarquer le plus possible du jeu politique truqué proposé par la société actuelle en récusant jusqu’aux étiquettes qu’elle appose sur les courants politiques. Il est tentant de se dire « ni de droite, ni de gauche » et il peut sembler légitimes pour des révolutionnaires de le faire.

La question du positionnement est importante et mérite donc d’être analysée. Le slogan « ni droite ni gauche » a été employé par plusieurs familles politiques, pour des raisons très différentes. Il y a les libéraux, pour commencer, qui ne nous intéressent pas. Centristes, libertariens ou autres, ils se placent plutôt à droite des sociaux-démocrates mais par mollesse récusent toute étiquette. Il y a certains anarchistes individualistes qui se placent aussi en dehors de cette configuration. Ensuite il y a l’extrême droite, sans doute le courant qui a le plus employé et popularisé le mot d’ordre « ni à droite, ni à gauche ».

Pour les fascistes, issus de la rencontre historique des nationalistes conservateurs et d’éléments syndicalistes ou socialistes révolutionnaires ayant rejoint la réaction (faisceaux de combat en Italie, NSDAP allemand, phalangistes en Espagne, boulangistes français), les termes de droite et de gauche doivent être dépassés. Prétendant combattre le capitalisme et le socialisme (« ni trust ni soviets ») ils sont pourtant un mouvement avant tout contre-révolutionnaire, qui défend le capitalisme attaqué. Marine Le Pen n’envisage pas plus que les fascistes du 20° siècle de combattre le capitalisme, leur seul programme est au contraire de combattre le « gauchisme » en défendant les intérêts des patrons français, en revenant à une production plus « traditionnelle » basée sur l’artisanat, les petits commerçants, etc. Bref ils veulent simplement régénérer le capitalisme en le renvoyant un siècle en arrière, par des méthodes autoritaires et violentes. Leur côté « social » s’arrête au corporatisme et à la collaboration de classe. Au vu de leur projet de société, le terme d’extrême droite a donc tout son sens.

Finalement les fascistes jouent sur les mots, piochant idées et influences culturelles par ci par là, s’affublant d’une multitude de noms (de « droite sociale » à « gauche nationale » en passant par « troisième voie ») pour cacher le vide abyssal de leurs propositions.

Et pour des révolutionnaires, qu’en est il ? Un révolutionnaire s’oppose en effet à la droite comme à la gauche du système parlementaire. Pourtant, notre projet de société est bien de « gauche » dans  le sens où il vise à la mise en place d’une société d’êtres libres et égaux, mais sans classes sociales ni état. Le terme de gauche désigne dans cette idéologie l’acceptation du progrès social. Les révolutionnaires ne font pas du sur place, ils ne vont pas à rebours : ils avancent dans le sens inéluctable de l’Histoire, pour produire une nouvelle culture, une nouvelle société et de nouveaux rapports humains. Ainsi seulement le système actuel pourra être dépassé et laisser place à une société débarrassée de l’exploitation et des autres fléaux inséparables du modèle en place.

Inutile d’ajouter que ce positionnement n’a rien à voir dans son contenu avec celui des partis populistes, libéraux, réacs et conservateurs se disputant les sièges de l’assemblée.

D.

lu sur feux de prairie

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