Des CM2 chez les gendarmes pour une bagarre en récré

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Les Arcs, petite ville de 6000 habitants près de Draguignan, dans le Var. Samedi dernier, à neuf heures, quatre élèves de CM2 de l’école Jean-Jaurès sont convoqués à la brigade de gendarmerie. Comme l’exige la loi, les parents accompagnent leurs enfants de 11 ans. Entendus séparément, les gamins doivent s’expliquer sur une bagarre.

Le 13 janvier, des élèves de CM2 tapent sur un de leurs camarades dans la cour de récré de l’école primaire. La dispute s’arrête d’elle-même, sans intervention des adultes, et l’élève frappé va voir son institutrice.

Le directeur de l’école punit quatre élèves : l’un a mis des coups de poing et de pied à son camarade, deux autres l’ont maintenu et un dernier a regardé la scène sans rien faire. Privés de récré jusqu’à nouvel ordre, ils devront réaliser de petits travaux d’entretien et rendre des devoirs écrits. Le premier consiste à “raconter ce qui s’est passé”. Le directeur prévient les parents.

D’habitude, ce genre d’histoires s’arrête là. D’autant que les parents de l’enfant victime des coups n’ont pas porté plainte. Mais le directeur de l’école signale les faits à l’inspection académique, qui lui demande d’alerter les gendarmes. A la brigade, ils interrogent les enfants en s’appuyant sur leur punition.

Céline Muscat, la mère d’un des enfants convoqués, travaille dans une école. Elle s’étonne des moyens déployés :

“Les gendarmes ont fait venir les enfants chacun leur tour dans le bureau, pour leur poser des questions et trouver le coupable. Un gendarme notait. Ils avaient le devoir, dans lequel tous les enfants n’avaient pas la même version. Nous, les parents, trouvions aberrant d’envoyer des enfants à la gendarmerie alors qu’ils ont déjà été punis. Je ne pensais pas en arriver là, et les enseignants de mon école sont du même avis.”

En 2009, un enfant de 8 ans scolarisé dans le Val d’Oise avait été auditionné pour une bagarre. La procédure faisait toutefois suite à la plainte de la mère de l’enfant frappé, pas à un signalement de l’Education nationale.

Choquée, Céline Muscat a écrit à l’école et à l’inspection académique. “Je ne souhaite pas que cet épisode figure dans le dossier scolaire de mon fils.

La mère d’un autre élève convoqué partage sa consternation. Elle préfère donner seulement son nom de jeune fille, “Mademoiselle M’haia” :

“Même le gendarme qui nous a reçus trouvait que ça allait trop loin. Mon fils n’a jamais eu de problèmes scolaires ou de bagarres auparavant.”

Mademoiselle M’haia a demandé à une amie militante à la Ligue des droits de l’homme de l’accompagner à la convocation. Claudine Tissier décrit des gendarmes “aimables et disponibles”, “surpris” d’avoir à régler “un problème de cour de récréation”. Ancienne enseignante, elle estime que ces conflits “banals” doivent se régler dans la classe, avec le concours des parents :

“Apparemment, il n’y a pas eu de dysfonctionnement : l’Inspection académique a transmis, comme cela semble être la règle. Personne n’a enfreint la loi et c’est bien ça qui m’inquiète le plus.”

Le directeur de l’école, qui se trouve dans une zone “rurale et tranquille”, parle lui “d’agression” et de “guet-apens” par des enfants qui s’étaient concertés pour en violenter un autre. Le chef d’établissement explique que son élève était “choqué”, “couvert d’ecchymoses” et met en avant les conventions signées entre l’Education nationale et le ministère de l’Intérieur.

“C’est la première fois que j’y ai recours. Il s’agit de montrer à ces enfants l’importance de leur acte. Il me semblait important que les enfants racontent ce qui s’était passé. Comme ils n’ont pas tous dit la même chose, j’ai transmis leurs versions à la gendarmerie.”

Par l’intermédiaire du logiciel Signa, devenu Sivis en 2007, l’Education nationale tient des statistiques sur la violence scolaire. Le ministère encourage les chefs d’établissement à porter tous les faits notables à la connaissance de l’inspection académique. 

A la compagnie de gendarmerie de Draguignan, le commandant Bonmarchand nous explique que tout signalement donne lieu à des vérifications de la part des gendarmes. S'il note "une judiciarisation des rapports à l'école" depuis quelques années, principalement sur des plaintes de parents ou de professeurs, la gendarmerie, quand elle est saisie, est obligée de donner suite.

les inrocks

Publié dans anti repression

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