Critique des ralliements "ML" au Front de Gauche

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Voici les déclarations de deux organisations "marxistes-léninistes" ayant décidé de soutenir le Front de Gauche aux prochaines élections présidentielles et législatives. L'une est "classiquement" (si l'on peut dire) sortie du P"c"F lorsque celui-ci a assumé (dans les années 90) son orientation social-démocrate ; l'autre est issue du courant "pro-albanais" :

 

La reconstruction communiste, le Front de Gauche et les élections de 2012
(déclaration RCC - paru dans Chantiers n°28 septembre 2011)

Les résultats du vote interne au PCF en juin dernier pour choisir le candidat du Front de Gauche donnent 28251 voix -soit 59,12% des votants- pour Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la direction social-démocrate, et 17594 voix -soit 36,82% des suffrages- pour André Chassaigne, représentant de l’opposition à « l’effacement du PCF ». Avec les 1944 communistes -soit 4,07%- qui ont voté pour Emmanuel Dang Tran, 41% se sont opposés au total à la candidature Mélenchon.

En 2007, le processus pour une candidature unitaire et unique à la présidentielle émanant des collectifs anti-libéraux issus de la victoire historique du NON au traité constitutionnel européen (TCE) avait capoté et le front avait implosé avant le premier tour.

Aujourd’hui, les positionnements dans le PCF et dans de multiples groupes de la reconstruction communiste posent une question cruciale : « quelle campagne communiste mener dans le cadre du Front de Gauche anti-libéral élargi, ou comment visibiliser l’identité communiste dans le cadre d’une campagne commune avec les autres composantes anti-libérales à la présidentielle et aux législatives ? »

La résistance de classe et populaire a besoin d’un large front populaire combatif

Denis Kessler, ex-vice-président du MEDEF indiquait hier sans complexe le programme auquel s’attèle Sarkozy dans un article intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance (CNR), un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité Sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance ! » (Challenges, 4 octobre 2007).

De l’aveu même de Denis Kessler, cet « adieu à 1945 » est aujourd’hui une opportunité parce qu’il « aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l'essoufflement asthmatique du Parti Socialiste comme conditions nécessaires pour que l'on puisse envisager l'aggiornamento qui s'annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d'entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n'est pas un problème qu'en psychanalyse » (idem).

A cette sortie cynique, qui éclaire sur les objectifs réels des patrons milliardaires et les raisons de leur réussite pour l’instant, vient s’ajouter la crise du capitalisme mondialisé qui accroît la recherche effrénée du profit maximum par : 1) l’appauvrissement de masse et la destruction des conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs dans les pays impérialistes ; 2) les guerres, notamment les guerres coloniales, pour contrôler les matières premières comme le pétrole, l’uranium, etc.

La victoire du NON à la Constitution Européenne de 2005 est une ligne de démarcation structurante de la lutte de classe

Si nous comprenons la nécessité d’une vigilance vis à vis d’une dissolution éventuelle du PCF dans ce « Die Linke » à la française que pourrait être le Front de gauche, label dont le Parti de Gauche de Mélenchon est d’ailleurs propriétaire, celle ci ne saurait nous détourner sur le terrain d’une dynamique pour rassembler toutes les forces du NON, à l’exclusion des fascistes du FN, pour frayer la voie à une alternative anti-libérale dans ce pays. Le danger principal est en effet qu’en absence des forces de la reconstruction communiste, le Front de Gauche ne soit réduit à un simple cartel d’organisations. Or il s’agit de rassembler les forces anti-libérales pour favoriser le développement d’un vrai front populaire par lequel les travailleurs, le peuple pourraient passer à l’offensive contre les attaques patronales et gouvernementales.

La bataille pour le NON au TCE a tracé une ligne de rupture politique entre libéraux, sociaux libéraux et anti-libéraux. Cette ligne reste un vrai boulet que traînent les sociaux démocrates de la direction du PCF et du Parti de Gauche dans leur penchant réformiste à « l’Union de la Gauche » bis.

Il est d’une importance majeure que les forces de la reconstruction dans et hors du PCF trouvent les voies de l’unité d’action stratégique pour peser et contraindre à une rupture de classe entre sociaux libéraux et anti-libéraux. C’est une étape nécessaire pour aller vers l’unification des communistes sur la base léniniste du « se démarquer pour s’unir » dans une organisation unique.

La dialectique « défense de l’identité communiste » et « alliance des forces anti-libérales »

Tout comme le mouvement social, l’objectif de la campagne à mener est de battre la droite dure décomplexée sarkozyste, de montrer qu’avec les socialistes on a déjà donné, et que le pire reste le FN de Marine Le Pen. La résultante de ces impératifs est un « vote utile » allant dans le sens du rapport de forces nécessaire pour faire payer la crise aux milliardaires du CAC40 : le vote Front de Gauche à la présidentielle et aux législatives 2012.

Nous pouvons et devons faire cela en communistes, c’est à dire en développant nos exigences. Par exemple l’exigence de rupture avec la Vème République et son présidentialisme quasi monarchiste ; de refus de toute participation à un gouvernement socialiste ; de sortie de l’euro, étape vers la sortie de l’Union Européenne du capital et de la crise ; de laïcité sans discrimination à l’encontre notamment de la religion des travailleurs et des citoyens récents de France ; de punition effective du racisme ; de nationalisation des entreprises qui délocalisent ; de régularisation de tous les sans papiers avec une carte de 10 ans, d’arrêt des guerres coloniales en Libye, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire ; de démantèlement des bases militaires françaises en Afrique et de sortie de l’OTAN.

Il n’y a pas de « muraille de Chine » entre la loyauté vis-à-vis du front anti-libéral et l’indépendance idéologique et politique des communistes qui œuvrent surtout à ce que l’alliance ne soit pas seulement une affaire de sommet mais deviennent l’affaire des travailleurs dans leur ensemble et donc du peuple.

C’est à cette politique que nous invitons l’ensemble des groupes de la reconstruction communiste éparpillés dans et hors du PCF. Cette unité d'action stratégique dans le front doit nous permettre d’éviter les départs successifs du PCF dans la désunion, la division et parfois dans des querelles stériles qui ne profitent qu’à l’ennemi de classe : notre bourgeoisie impérialiste fait tout pour prendre sa revanche de classe contre les victoires de nos anciens du temps de l’URSS patrie des ouvriers, paysans et peuples opprimés qui a succédé à la Commune, première démocratie prolétarienne !


Le PCOF est membre du Front de Gauche

Le Parti Communiste des Ouvriers de France a décidé de demander à entrer dans le Front de Gauche. Cette demande a été acceptée par ses composantes actuelles. Nous nous en réjouissons sincèrement.

Notre parti milite depuis plusieurs années pour l’unité politique de la gauche de transformation sociale autour d’axes de rupture avec la politique néolibérale. De la mobilisation pour la victoire du « non » de gauche au référendum sur le traité européen, qui s’est prolongée par la constitution des « collectifs du 29 mai » et la rédaction de la charte pour une alternative au libéralisme, cette exigence n’a cessé de s’imposer.

L’ampleur de la crise du système capitaliste, le caractère de plus en plus réactionnaire de la politique de la droite sarkozyste qui veut faire retomber tout le poids de la crise sur le dos du peuple et la politique belliciste qui tient lieu de politique étrangère, placent le mouvement ouvrier et populaire et ses différentes organisations politiques, syndicales, sociales, associatives… devant la nécessité de riposter avec une détermination accrue et dans l’unité. Elle pose avec acuité la nécessité de construire une alternative de rupture sur tous les fronts avec cette politique et avec le système qui la sous-tend. Une telle rupture ne peut être portée par les tenants du social-libéralisme ou de l’écololibéralisme. La politique menée par des gouvernements et des majorités parlementaires se réclamant de ces options est contraire aux intérêts des peuples qui la combattent.

Parmi les forces qui mettent en avant la nécessité d’une politique de rupture, le Front de Gauche propose une démarche ouverte et insiste sur la nécessité de gagner les masses à ses propositions politiques. Nous partageons cette préoccupation et cette orientation. Avec la plupart des composantes du Front de Gauche, notre parti a déjà mené des campagnes politiques, notamment celle des régionales. Nous nous retrouvons ensemble sur de multiples fronts de la lutte politique et sociale, dans le cadre de collectifs. Mais nous sommes conscients que le fait d’entrer dans le Front de Gauche engage notre parti dans un processus plus ambitieux.

Nous y sommes prêts. Notre parti, dont la proposition politique pour la période est synthétisée dans le mot d’ordre « pour un front populaire révolutionnaire maintenant », se battra pour enraciner le Front de Gauche dans le mouvement ouvrier et populaire. Pour qu’il gagne la confiance et le soutien actif de tous ceux et celles qui aspirent à un changement de fond de politique, qui met les intérêts ouvriers et populaires, les intérêts des peuples, au centre de ses choix. Notre souhait est que le Front de Gauche s’élargisse encore à d’autres forces politiques, sociales, aux associations, aux militants du mouvement syndical, aux organisations qui luttent pour le droit des femmes, aux organisations de la jeunesse…

Les formes de cet élargissement sont à trouver, mais c’est aussi une condition pour que notre peuple s’empare du Front de Gauche et en fasse un instrument de lutte. Nous le disons souvent – et nous ne sommes pas les seuls à le dire – l’unité est un combat. Mais c’est un combat nécessaire et salutaire, dès lors qu’il n’a d’autre but que de renforcer notre camp, celui des ouvriers et des travailleurs des villes et des campagnes, celui des créateurs de richesse, celui des hommes et des femmes de progrès et de tous ceux et celles qui veulent en finir avec le diktat de la finance et du grand capital. Il faut maintenant faire vivre le Front de Gauche, partout ! Paris, 30 septembre 2011 Le Comité Central du Parti Communiste des Ouvriers de France www.pcof.net – pcof@pcof.net


C'est une position totalement menchévique. Dans un pays impérialiste, a fortiori en proie à une crise générale et interminable, ne laissant pas l'ombre d'une capacité de politique social-démocrate sérieuse, la seule actualité, c'est la révolution prolétarienne. Toutes les "tactiques" peuvent être entendues et débattues, mais elles ne peuvent se rattacher qu'à ce seul et unique objectif stratégique. Le fait, d'ailleurs, que Mélenchon se réclame de Chavez ou de Cuba montre bien son antimarxisme fondamental d'ancien lamberto devenu soc'dem', incapable de distinguer un pays dominé d'un pays impérialiste, et ce qui peut (vite fait...) servir l'émancipation du peuple dans l'un et absolument pas dans l'autre. Les "ML" qui soutiennent le Front de Gauche, eux, préconisent une "étape antilibérale" aux contours mal définis ("sortir de l'Europe" - comme si avant Maastricht tout allait bien, "rejeter la dictature du FMI" - comme si ses directeurs, depuis des lustres, n'étaient pas... français*, rejeter "la dictature des banques", des "marchés" etc., ou encore abolir la "présidence monarchique" de la Ve République - autre grande marotte - comme si sous la IIIe ou la IVe c'était mieux !). Puis, cette étape sera "dépassée", par la "négation de la négation"... C'est complètement à côté de la plaque. La seule réalité, c'est que la bourgeoisie qui dirige l’État "France" (tant qu'on ne la renverse pas...), bien consciente de ses capacités redistributives microscopiques, n'autorisera jamais plus à Mélenchon que de faire un gros 10% aux élections, et de s'imaginer "peser" sur une majorité et un gouvernement PS. Totalement illusoire... Tout ce que peut amener un gouvernement PS-FdG, après 5 ans de social-trahison absolue, c'est un NOUVEAU 21 AVRIL avec cette fois un FN à 25 voire 30% et tout un pan de la droite (à la Lionel Luca) prônant pour un accord... Et, au final, si le FN ne remporte pas carrément l'élection, ce sera soit un gouvernement UMP-FN, soit un gouvernement UMP appliquant le programme du FN à sa place : ce qu'on a, à vrai dire, depuis 2002, mais puissance 10.

Dans la situation de notre époque, la seule manière dont on pourrait, éventuellement, avoir des social-démocrates (de type PCF, NPA, ou syndicaux comme la CGT ou Sud) au pouvoir, ce serait une situation d'ingouvernabilité créée par un mouvement de masse (et nullement un "vote citoyen"), amenant les réformistes au pouvoir "en urgence". Alors, il n'y aura que deux solutions : SOIT ce sera "Février avant Octobre", et les communistes parviennent à construire un POUVOIR PARALLÈLE, puis à balayer du pouvoir les nouveaux Kerenski (comme les bolchéviks en Russie, et même si cela prend plus que 8 mois) ; SOIT ce sera (mais sans forcément d'intervention extérieure) "36 avant 40", c'est à dire que la bourgeoisie, se réorganisant et dénonçant le "chaos" provoqué par les "socialo-communistes", reprendra le pouvoir par la force et installera une dictature réactionnaire terroriste : ce sera alors la guerre civile, que les communistes devront gagner - sans quoi, ce sera la barbarie absolue.

 

Dans l’État bourgeois tricolore, il n'y a pas 36 contradictions fondamentales. La féodalité a été abolie en 1789. Elle peut encore avoir des "résidus culturels", dans les rapports humains ou la pratique politique (clientélisme), en particulier dans les nations occitanes ou corses, mais elle n'existe plus, ni comme mode de production, ni comme "rapport social". Il est donc totalement grotesque d'appeler avec Mélenchon à une "nouvelle Nuit du 4 Août", contre la "nouvelle aristocratie des financiers".

De la même manière, IL N'Y A PAS de contradiction entre le caractère national de la production et une quelconque appropriation étrangère du produit. Bien sûr, il y a des "géants industriels" étrangers qui produisent ou sous-traitent en France, comme Mittal, Toyota, Continental et on en passe... C'est tout à fait normal : en "masse brute", les pays impérialistes sont ceux qui reçoivent le plus de capital étranger (IDE). Ne serait-ce que parce que la force de travail y exige un investissement, forcément, bien supérieur à la force de travail en Indonésie... Elle coûte beaucoup plus cher. Mais les monopoles BBR en font de même, et en quantité bien supérieure : les pays impérialistes exportent plus, même BEAUCOUP PLUS d'investissements qu'ils n'en reçoivent (bien que cela fluctue selon les années : après avoir beaucoup investi, on attend les "retours" et on investit beaucoup moins). C'est même (en grande partie) à cela qu'on les reconnaît. L'Union européenne, quant à elle, est tout simplement aux États impérialistes qui en sont membre (France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas etc.)... ce qu'une société par actions est à des capitalistes "physiques". Ni plus ni moins ! Chaque État "actionnaire" de la "société anonyme" UE attend son "retour sur investissement", ne regarde que ses intérêts et "joue des coudes" avec ses associés. Il n'y a AUCUNE ESPÈCE de "super-État" européen qui "dominerait" la France. A la rigueur, si l'on veut raisonner comme ça, on peut dire que l’État bourgeois français, formé depuis 200 ans par les bourgeoisies de l'ancien Royaume (ainsi que les bourgeoisies coloniales : békés, caldoches etc.) sous la "suzeraineté" de la bourgeoisie d'Île-de-France, OPPRIME les peuples qui l'habitent (en métropole, Corse et Outre-Mer) autrement plus directement et férocement que le "cartel" qu'il a lui-même formé avec ses petits copains allemands, anglais, italiens, belges etc. (et ceci n'est encore rien à côté de l'oppression exercée sur les ex- (et néo-) colonies d'Afrique). La dénonciation du "super-État" européen est donc un vaste foutage de gueule. Une manière de "décharger" le monopolisme BBR et son État sur ses "associés" européens, et de faire passer la fRance, un des pires bourreaux de l'humanité, pour une victime... Cela rappelle, finalement, ces patrons d'entreprises qui broient les travailleurs et se déchargent sur "les (autres) actionnaires", sur "le groupe", comme s'ils n'en faisaient pas partie et ne participaient pas aux décisions !

Il y a là une incompréhension fondamentale de la nature de l’État, ouverte et assumée chez Mélenchon (social-démocrate) mais également niée et passée outre par nos "ML", et qui renvoie à l'ouvrage central de Lénine, "L’État et la Révolution". L'Etat ne peut être que celui d'une classe, en aucun cas celui de "l'intérêt général" ou du "Peuple entier", thèse des révisionnistes à la Khrouchtchev et Thorez, dont le RCC est d'ailleurs l'héritier assumé, tandis que le PCOF, lui, s'y rallie en fin de compte après avoir piétiné 30 ans dans les limites de l'idéologie "albanaise" (version "stal", finalement, de LO : une idéologie aristocrate-ouvrière). Soit nous avons l’État actuel, l’État de la bourgeoisie, par lequel celle-ci déploie son idéologie dans tous les domaines et emploie ses forces de répression pour défendre ses intérêts (y compris pour "défendre le capitalisme contre lui-même" : lutte contre l'économie illégale, les "patrons-voyous", les politiciens véreux etc., ce que veut faire en fin de compte Mélenchon) ; et où les forces organisées du prolétariat pour la conquête du pouvoir (les communistes) sont marginalisées ; soit cantonnées à l'action inoffensive, soit réprimées. Soit, nous avons l’État révolutionnaire du prolétariat qui assurera la transition économique socialiste vers le communisme, développera la culture révolutionnaire dans les masses et luttera contre les tentatives de reprise du pouvoir par l'ancienne classe dominante mais aussi (enseignement central du maoïsme), contre les néo-bourgeois au sein même des "cadres" de la nouvelle société ; et les forces bourgeoises organisées pour (re)prendre le pouvoir seront à la place des communistes révolutionnaires aujourd'hui. Ceci, bien sûr, sans que cet État perde de vue son propre dépérissement, qui est aussi sa vocation finale et sa particularité historique (après l’État du prolétariat, il n'y aura pas d'"État communiste").

On voit donc mal, déjà pour commencer, comment se placer dans une idéologie et à la remorque d'un sectateur de "l’État fort contre les marchés" (défendant donc, en dernière analyse, "le capitalisme contre lui même") pourrait positionner culturellement dans une quelconque perspective communiste d’émancipation humaine. La déclaration du RCC devient même terrifiante quand elle parle de "rassembler toutes les forces du NON à l'exclusion des fascistes du FN"... Sur quelle base établit-on une telle ligne de démarcation ? Cela veut-il dire que la porte est ouvertes aux forces ultra-réactionnaires d'un Dupont-Aignan, ou d'un Pasqua, qui se sont également opposées au TCE ? Ou encore aux "réacs de gauche", aux sociaux-républicards de type chevènementistes ou André Gerin ? Cette dernière question est une "fausse question" : la réponse est évidemment OUI. Mais même vis-à-vis de la "droite souverainiste", il y a des mains tendues par ces soi-disant "ML" et vrais thorézo-marchaisiens, à travers par exemple le "Comité Valmy". Contrairement à une poignée d'ultra-gauchistes, Servir le Peuple a compris et soutenu la signification progressiste de masse du "NON" de 2005 : un rejet, non pas du Traité en lui-même (qui ne faisait que reprendre les traités antérieurs : Acte Unique, Maastricht, Amsterdam ; plus quelques innovations institutionnelles purement honorifiques comme un "Président" et un "Ministre des Affaires étrangères" de l'Union), mais de toute la politique bourgeoise menée (pratiquement) de mémoire de prolo, et particulièrement depuis une trentaine d'année, sous l'effet combiné de la crise capitaliste mondiale et de l'effondrement des forces communistes (avec la contre-révolution chinoise) et des forces révisio-réformistes (avec la chute de l'URSS). Telle était la signification du NON dans une perspective révolutionnaire, et la seule, plus peut-être une "portée psychologique" d'avoir réussi à exprimer son refus contre tous les médias et la propagande dominante. Exactement comme SLP a pu, dans la même veine, comprendre la signification de masse du vote Royal en 2007, atteignant jusqu'à 89% dans certains quartiers "sensibles" : un référendum anti-Sarkozy, contre la fuite en avant réactionnaire de la classe dominante et la stigmatisation comme "racaille" de populations entières ; en aucun cas une adhésion au programme "réactionnaire light" de la présidente du Poitou. Mais comprendre n'est pas cautionner et, après la victoire du NON par 55%, il n'était pas question de sabler le champagne (ce que SLP n'a pas fait) : il y avait évidemment dans le NON, en plus des "noyaux durs électoraux" des courants réactionnaires bourgeois ("indépendants", petits patrons ou paysans aisés pour les "souverainistes de droite" et le FN ; petite, moyenne et grande bourgeoisie salariée d’État pour les "souverainistes de gauche"), tout un NON prolétaire et populaire sous influence de ces forces. Et prendre ce rejet populaire des politiques menées depuis 30 ans, pour le porter à un niveau supérieur, révolutionnaire, impliquait bien sûr une rupture totale et une lutte idéologique sans merci, dans les masses, contre ces courants... Mais pour le RCC, le PCOF et leurs comparses (PRCF etc.), nul besoin de ça ! Il suffit de tracer (sur quels critères, mystère) une ligne de démarcation avec le FN, et tout va bien : la porte est ouverte à tous ceux et celles qui veulent lutter, non pas contre le capitalisme, mais contre sa version "libérale" (reagano-thatchérienne), "social-libérale" (à la Blair) et "européiste". Car, comprenez-vous, l'actualité n'est pas à la révolution prolétarienne, elle n'est pas à ces milliers de petites luttes et résistances au quotidien dont personne ne parle (car elles ne sont pas contre une "multinationale" étrangère, contre un "patron-voyou", ou simplement... pas contre un patron du tout, mais contre le "sacro-saint" État - révolte de "lumpen" !). Non, l'actualité est à une soi-disante (et à la mords-moi-l'nœud) "étape anti-libérale"... C'est à dire la "conscience de classe", en définitive, de cette "petite-bourgeoisie" (salariée, fonctionnaire) née des "Trente Glorieuses" et qui ne veut pas mourir face à la crise générale du capitalisme ; accrochée à son "Programme de la Résistance" sacré, base de sa petite prospérité pavillonnaire... C'est cette classe qui forme les "cadres intermédiaires" du Front du Gauche, au-dessous des grands bourgeois "progressistes" social-populistes à la Mélenchon et des caciques de la gestion locale à la Gerin, et qui tient sous sa coupe idéologique les prolétaires sincèrement avides de changement. Les révolutionnaires communistes doivent leur arracher ces prolétaires.

En Italie, le (nuovo) PCI appelle, sur la base (et seulement sur la base) d'une mobilisation de masse des ouvriers, prolétaires et autres classes populaires avancées et organisées, à s'appuyer sur de "sincères démocrates" pour mettre en place un gouvernement de "Bloc populaire" qui serait une "étape" de la Guerre populaire (ensuite, la contre-offensive réactionnaire et la guerre civile qui s'ensuivrait permettrait la prise du pouvoir et la révolution socialiste proprement dite). Cette conception est critiquée dans le pays lui-même, mais à la rigueur elle peut se justifier : l'Italie est un pays de révolution bourgeoise inachevée, "mal déféodalisé", où des forces issues de la féodalité jouent un rôle central (Vatican, mafias) tandis que tout le fonctionnement capitaliste et la politique bourgeoise sont imprégnés de féodalité.
Dans l'entité France, le capitalisme (monopoliste depuis près de 150 ans) s'appuie sur une base de "citoyens", autrement dit une "République de petits propriétaires" que Marx décrivait déjà au sujet des évènements de Juin 1848. La "base citoyenne" petite-propriétaire de la République bourgeoise a son idéologie républicaine ; une idéologie construite, cohérente et archi-dominante, qui aliène même une grande partie du prolétariat (du moment qu'on est propriétaires de quelques biens comme un appartement ou une voiture, même à crédit), mais avec laquelle l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat ne peut faire aucun compromis.
Il n'est donc pas possible, du moins en l'état actuel des choses, de faire un "Bloc populaire" dans l'entité "France" : il n'y a personne avec qui le faire. Il n'est possible, notamment, de faire aucun compromis avec des politiciens appartenant à la franc-maçonnerie qui, "de droite" (GLNF) comme "de gauche" (GOF), après une lutte de près d'un siècle contre l’Église "gallicane", est depuis 1945 en quelque sorte la "gardienne du temple" idéologique républicain (contrairement à l'Italie, le rôle idéologique de l’Église est faible). Il n'est possible de faire aucun compromis avec des "jacobins" ou des "bonapartistes" prônant la "République une et indivisible", alors que la "France" est l’État d'une bourgeoisie exploitant et opprimant un ensemble de peuples.
Tout cela a été très bien expliqué par Servir le Peuple dans l'article Sur le Gouvernement de Bloc Populaire

L'actualité en "France", la seule actualité, c'est la révolution prolétarienne par une lutte révolutionnaire de longue durée, pouvant connaître toute sorte de "péripéties" mais toujours qu’un seul "point de mire" (la révolution, la transition socialiste, le communisme), sous la direction du Parti et de son Front uni, lequel agrège progressivement, autour de l'avant-garde la plus consciente et organisée du prolétariat, des forces (de classe) "intermédiaires" progressistes et des forces prolétariennes "politiquement moins avancées", mais évoluant dans la pratique vers la position révolutionnaire. Ce ne sera certainement pas des forces social-démocrates (ou "social-républicaines") structurées "de la base au sommet", elles-mêmes "ouvertes" à des forces chauvines y compris... sans "social-" devant, dans une unité sans principes et sans lutte !

[* 26 années sur 33 depuis 1978 ; 36 sur 48 depuis 1963]

 

lu sur servir le peuple

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