Chine : arrêté pour un article sur des esclaves sexuelles

Publié le par nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com

Au départ, c'est juste un fait divers sordide : un ancien pompier de Luoyang, une ville du centre de la Chine, a kidnappé six jeunes femmes gardées comme esclaves sexuelles dans une cave pendant un an, et a tué deux d'entre elles. Mais pour avoir révélé ce crime, un journaliste chinois a été arrêté par le département de la Sécurité publique et accusé de divulguer des « secrets d'Etat ».

Li Hao, l'ancien pompier devenu employé municipal dans cette ville banale de la province du Henan, avait aménagé une cave dans laquelle il avait enfermé six jeunes filles kidnappées dans un club de karaoké. Il les nourrissait à peine pour qu'elles n'aient pas la force de s'enfuir, et abusait d'elles selon son bon plaisir. Deux d'entre elles ont été tuées dans des circonstances encore non élucidées.

Un journaliste du Nanfang Dushi Bao, un quotidien de Canton connu pour son audace journalistique, a appris par hasard l'arrestation du suspect alors qu'il enquêtait sur une autre affaire, et a décidé d'en savoir plus. Les autorités avaient gardé l'affaire secrète.

Le reporter, Xi Juguang, s'est aussitôt retrouvé entre les mains de la Sécurité publique, la police politique chinoise, accusé de révéler des « secrets d'Etat », un crime grave en Chine.

L'attitude du journaliste, une nouveauté en Chine

Le New York Times, qui raconte cette mésaventure édifiante, rapporte néanmoins qu'à sa libération, le journaliste a eu le courage – l'inconscience ? – de publier un article accusant la Sécurité publique de chercher à étouffer un crime qui s'est déroulé tout près du siège de la police à Luoyang.

« Je ne cherchais qu'à faire un article le plus complet et exact possible, pour satisfaire le droit du public à savoir ce qui s'est passé, mais j'avais négligé l'élément le plus important : la face [“sauver la face” est un élément-clé dans les rapports entre individus en Chine, et plus important encore s'agissant d'officiels, ndlr]. Mais avant que la vérité ne devienne un secret d'Etat, le public, et moi-même, avons le droit de savoir. »

Cette attitude d'un journaliste qui n'accepte pas le refus officiel comme réponse, est nouvelle, et découle du rôle de plus en plus actif des réseaux sociaux comme Weibo, le « Twitter chinois », qui sert d'aiguillon aux médias officiels. La presse contrôlée par l'Etat et le Parti communiste courent derrière les infos de Weibo, au grand dam des autorités qui viennent de faire pression sur le réseau social, qui appartient au site privé Sina.com, pour qu'il censure les contenus.

L'affaire de Luyoang en serait risible, si elle n'était tragique, quand on comprend la raison pour laquelle les autorités ont voulu étouffer ce crime : selon le New York Times, Luoyang participe à un concours national pour le prix de la « ville la plus civilisée », et redoutait que cette mauvaise publicité n'handicape ses chances. C'est fait !

 

lu sur rue 89

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