Partager l'article ! A La Défense : « Les Français ne sont pas indignés, ils sont résignés »: Vendredi, les « Indignés » ont ét ...
Vendredi, les « Indignés » ont été délogés par les forces de l'ordre, qui ont démonté leurs tentes. Ce samedi, une centaine d'entre eux sont revenus devant la Grande Arche de la Défense, toujours déterminés à occuper le quartier des affaires.
Le rendez-vous avait été fixé à 14 heures. A l'heure dite, une trentaine de personnes est présente. Leur nombre gonflera au fil de l'après-midi, pour atteindre dépasser une petite centaine. Loin des rassemblements observés à Madrid, New York ou Londres.
Willy, 35 ans, porte autour du cou un panneau « Nous sommes les 99% », le slogan des « Indignés » du monde entier, réponse au 1% qui contrôlerait les richesses et les pouvoirs. Il explique :
« On est un peu frustré des réactions françaises. On est plus victime que dans d'autres pays de la communication des médias : on nous fait croire que la crise, c'est quelque chose qu'on ne peut pas combattre. Avant d'être indignés, les Français sont résignés. »
Willy croit pourtant en ce mouvement qui se veut apolitique. Cadre dans une entreprise spécialisée dans les logiciels de ressources humaines, il n'est « pas gauchiste », ni militant. Mais il veut faire passer le message, sur Internet et dans son entourage :
« J'en ai même parlé à ma boulangère ce matin, en lui demandant si elle viendrait, elle a rigolé. On a inculqué aux gens un pessimisme ambiant, qui fait qu'ils n'y croient plus. Mais c'est déjà une victoire : on parle de nous, même sur TF1. »
Les « Indignés » attirent les médias, mais aussi les forces de l'ordre. Une dizaine de camionnettes de gendarmes mobiles stationnent de chaque côté de la dalle de La Défense, des policiers en civils veillent à la sortie de la station de métro.
La consigne ? Empêcher une nouvelle tentative de campement nocturne. A partir de la fin de l'après-midi, les policiers contrôlent les sacs des arrivants, à la recherche de sacs de couchage et de tentes. Les rares pancartes sont confisquées et stockées dans un camion.
Pour Justine, 19 ans, c'est justement une des explications du nombre relativement faible d'« Indignés » en France. Cette étudiante en histoire de l'art a participe au mouvement depuis le 29 mai et une tentative d'occupation place de la Bastille :
« En France, on ne nous a pas laissés nous installer. En Espagne, le mouvement est parti d'un appel de Democracia Real Ya pour une manifestation, et d'un petit groupe de gens qui ont décidé de rester camper. La base du mouvement, c'est de se réapproprier l'espace public. »
L'autre particularité du mouvement, poursuit Justine, c'est « un côté horizontal, quelque chose de collectif mais qui respecte l'individualité ». Pendant deux heures, l'étudiante a d'ailleurs officié avec d'autres comme secrétaire de l'assemblée générale de l'après-midi.
Au programme : le bilan de la veille, des conseils sur le dépôt de plaintes en cas de violences policières, le plan B en cas de nouvelle éviction (rendez-vous dimanche près de l'église Saint-Eustache, dans le quartier des Halles), et la répartition du travail – logistique et intellectuel – en commissions.
Dans un coin, une dizaine d'« Indignés » comparent ainsi les mérites des coopératives et des entreprises traditionnelles, assis en tailleur sur la dalle... et à l'ombre des tours d'Areva, GDF Suez et SFR.
C'est cette spontanéité qui a séduit Nicos, 29 ans, chef de projet dans le web :
« Avec ce qu'on fait à La Défense, même s'il n'y a pas 8 000 personnes, on parle de nous, et il y aura de plus en plus de monde. J'ai été impliqué dans des syndicats étudiants, dans des partis de gauche. C'est très compliqué, très lourd, pas forcément efficace.
Beaucoup de gens qui se reconnaissent dans ce mouvement ont été déçus par les partis et les syndicats. A Paris, il doit y avoir deux manifs chaque week-end, mais ça revient juste à faire un peu de bruit entre République et Bastille... »
lu sur rue 89
A La Défense, la police enlève les tentes, les Indignés restent
En début de soirée, sous la Grande arche. (Reuters)Ils auront tenu, au moins quelques heures. Les Indignés français ont tenté, ce vendredi un «Occupons la Défense», sur le modèle de leurs cousins espagnols, portugais ou américains, sur le parvis du quartier d'affaires des Hauts-de-Seine, symbole de la finance qu'ils dénoncent. Arrivés à 17 heures, sac au dos et tentes sous le bras, ils ont commencé à être évacués sur le coup de 21h30 par les forces de l'ordre. A 23h30, pourtant, quelques tentes tenaient encore bon sous la Grande arche.
18 heures. Une heure après le rendez-vous donné, les Indignés sont plusieurs centaines sur le parvis. Venus avec sacs à dos, packs d'eau, tapis de sol, sacs de couchage, trousses de secours, guitares, peinture, ballons... Et des pancartes, beaucoup de pancartes : «On est juste indignés, on n'est pas ici pour tout casser», «Ils nous empêchent de rêver, empêchons les de dormir!», «Reprenons le pouvoir sur notre monnaie. La richesse c'est nous». Et le slogan «officiel» des Indignés de France et d'ailleurs: «Nous sommes les 99 %, nous refusons que le 1 % décide de notre avenir et de l’avenir du monde à notre place».
(CB)
Un peu plus loin, à l'écart sous les tours illuminées de la Défense, policiers et gendarmes mobiles veillent, bras croisés devant une douzaine de fourgons.
«S'il y a autant de moyens mis en place contre nous, c'est parce qu'on fait peur au pouvoir. Parce qu'on essaie de rétablir la vérité sur le chômage, la précarité», lance Emilie, 26 ans. Laurent, 40 ans, est peintre en bâtiment. Venu exprès d'Auxerre, ce «militant écologiste» dénonce «un système qui met le profit avant l'homme, qui favorise une minorité avant nous, les 99% de précaires. Il est temps que l'on remette l'humain au centre des choses !» Sur une ardoise, il écrit, à la craie: «Nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes.»
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Leur objectif est de rester ici toute la nuit au moins, puis le plus longtemps possible. La troupe a eu l'autorisation préfectorale de se rassembler jusqu'à 21 heures. «Mais pas de camper.» Ce qui ne les empêche évidemment pas de déployer leurs tentes. Ça ne loupe pas : aussitôt les gendarmes se précipitent, et repartent, Quechuas «2 seconds» sous le bras. «Honte à vous, police partout, justice nulle part», hurlent les activistes. Et de redéployer, aussi sec, huit tentes.
(CB)
20 heures. Une trentaine de tentes sont maintenant montées, les organisateurs comptent 450 présents (mais «pas loin de 800» deux heures plus tôt), une source policère 400. «C'est déjà pas mal, au moins maintenant on ne pourra plus nous ignorer», sourit Nicos, 29 ans, webmaster du site Occuponsladefense. «On avait peur de ne pas être assez nombreux, mais apparemment notre appel a été entendu.» «De toute façon, là c'est la première phase, le déclencheur», raisonne Jonhatan, 24 ans. «Après, il faudra construire fédérer».L'organisation, «qui est horizontale, n'obéit à aucune hiérarchie, à aucun leader», insistent tous les Indignés, s'est faite principalement sur Internet : Facebook (page ici), Twitter (@OccupyDefense entre autres, et sous le hashtag #occuponsladefense), listes de diffusion...
(CB)
« Ce week-end, on sera rejoints par les anti-G20 revenus de Cannes », espère Marine, 28 ans, accroupie sous sa tente kaki. La jeune femme attend, fébrile, l'intervention policière à venir. « On est ici parce qu'on veut une véritable démocratie, que l'on n'aie plus à choisir tous les cinq ans entre la peste et le choléra. » Satisfaite par le nombre d'Indignés présents, elle ajoute : « Si les flics nous délogent, nous reviendrons demain.»
(Photo AFP)
21 heures. Regain de tension. «C'est la fin de l'arrêté préfectoral », clame un Indigné dans son mégaphone. «Je vous appelle à vous regrouper autour des tentes et à former une chaîne !» «S'ils balancent des lacrymos, ne vous frottez pas les yeux, c'est pire», enchaîne une autre, préposée à la pharmacie. En un éclair, pizzas et bières sont remballées. Le cercle se resserre autour des tentes, attachées les unes aux autres pour compliquer la tâche des gendarmes mobiles, qui eux se positionnent de part et d'autre. Une petite centaine, casques sur la tête, boucliers en main. La bataille rangée semble proche.
21h30. Le cordon policier dévale les marches, se déploie en carré autour du campement. Première charge, hurlements. Des tentes volent, éventrées, au dessus de la mêlée, leurs occupants sont traînés au sol manu militari. Rien n'échappe aux objectifs des portables et aux micro-caméras qui filment tout méthodiquement (vidéo là) et diffusent en streaming (ici). « Non à la violence », scandent les Indignés. Des agents en civil embarquent une poignée d'entre eux. Les sacs à dos sont entassés, «récupérables au commissariat». Au final, un blessé, évacué sur un brancard, sous les huées.
(Photo twitpic empanada_paris)
23h30. Une poignée de tentes tient bon. Les forces de l'ordre restent positionnées, les Indignés aussi. Qui hurlent : «Indignés ! Indignés ! Police partout, justice nulle part ! » Et : « J'y suis, j'y reste, je ne partirai pas ! » Certains pourtant quittent les lieux. « On reviendra demain ! » Rendez-vous est donné pour samedi à 14 heures. D'autres restent, avec la ferme intention de ne pas bouger de la nuit, tente ou pas.
2 heures. Selon les Indignés encore sur place, «dernière charge des forces de l´ordre contre 50 irréductibles : on leur arrache leurs couvertures de survie, confisquent leur nourriture, mais ce sont des Indignés vraiment pas résignés et ils décident de rester».
lu sur l'aberation
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